Retour sur un plan foireux

09 juin, 2006 | 404 Lectures | Ecrire un commentaire

La maladie du président Abdelaziz Bouteflika aura été bien plus lourde de conséquences qu’il n’y paraissait au départ. Elle aura permis au FLN d’avoir les coudées franches pour jouer sur le syndrome de la succession et faire miroiter au chef de l’Etat tous les avantages d’un passage de relais intra-muros sans permettre à l’ennemi idéologique le plus dangereux, le RND de postuler à prendre les rennes du pouvoir.

Le travail de conviction entamé par le clan Belkhadem aura été d’autant plus facile à mener que le débat autour de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, puis celui autour de la révision constitutionnelle, auront révélé des divergences insurmontables entre les deux formations politiques.

Divergences qui ne sont, cela dit, ni nouvelles ni récentes entre les deux grandes forces politiques qui se disputent le pouvoir depuis le mois de mai 1956. Le FLN d’un côté et l’ALN, devenue ANP, de l’autre. De la primauté du politique sur le militaire de la plate-forme de la Soummam à l’exigence de retrait de l’armée de la vie politique exprimée au cours des quinze dernières années, le conflit reste le même, bien qu’il ait revêtu diverses formes au cours des ans.

Il repose sur deux visions totalement antagoniques de la manière dont doivent être gérées les affaires de la nation. Le FLN estimant que son contrôle du pouvoir ne doit lui servir qu’à son propre enrichissement en construisant un système bureaucratique fondé sur la rente et les militaires estimant, au contraire, que le FLN est un véritable danger pour le pays parce que le mettant en péril d’un point de vue économique autant que social.

Toutes les stratégies de pouvoir déployées de 1956 à nos jours n’étant que la traduction politique de contradictions qui ont occasionné de très graves crises politiques à notre pays. La dernière en date étant ce changement de chef du gouvernement qui a vu le FLN faire ce qu’il n’avait encore jamais osé faire jusque-là, c’est-à-dire fouler aux pieds la Constitution en refusant à un chef de gouvernement de présenter son bilan au Parlement.

C’est qu’effectivement, les enjeux liés à la succession éventuelle de Bouteflika sont énormes ; ils sont de l’ordre du déclassement définitif du FLN sur la scène politique nationale et de son écartement durable d’un pouvoir où il a toujours conservé quelques positions importantes à travers certains officiers supérieurs de l’ANP qui, bien que militaires, se sont laissés tenter par les attraits du système rentier mis en place par le FLN et en sont même devenus les «protecteurs armés».

Parce qu’autant l’intermède de 1991 à 1999 aura été une occasion pour le FLN de se forger un profil d’opposant et, pourquoi pas, de démocrate face à un Etat plus ou moins ouvertement contrôlé par les militaires, autant l’accession au pouvoir suprême du RND à travers Ahmed Ouyahia risque d’être le début de la fin pour un parti qui n’aura guère plus d’argument convaincant pour espérer reprendre le pouvoir.

Ce qui explique que l’ancien parti unique ait tenté le tout pour le tout pour écarter Ouyahia et le RND du circuit. Un calcul qui n’a évidemment pas tenu compte du poids moral et politique encore intact de l’ANP dans la vie de la nation qui, en s’opposant catégoriquement au changement du gouvernement, s’oppose surtout au projet tacite de diluer les textes portant Charte pour la paix et la réconciliation nationale dans de nouvelles dispositions légales appelant à une amnistie générale qui puisse permettre le retour du FIS sur la scène politique.

Sachant que le FIS est le seul allié de poids qui puisse permettre au FLN de remporter quelque bataille électorale sérieuse. L’ANP s’opposant également à une révision de la Constitution qui ramènerait le pays près de vingt ans en arrière en réintroduisant le césarisme des Constitutions précédentes faisant du président de la République un véritable despote sans contre-pouvoirs pour faire du projet démocratique une réalité palpable.

Cela dit, une question taraude les esprits : pourquoi Abdelaziz Bouteflika, qui a toujours misé sur l’équilibre des forces entre l’ANP à laquelle il a tout de même appartenu historiquement puisqu’il a été commandant de l’ALN, et le FLN, a-t-il subitement décidé de se ranger du côté d’un parti qui l’a exclu de ses rangs en 1980 et qui a soutenu son adversaire lors des élections de 2004 ? La question reste posée même si, par respect pour son œuvre de paix et pour le bien de nos institutions encore fragiles, nous n’essayeront même pas de creuser l’hypothèse la plus sérieuse qui, elle, n’a rien à voir ni avec l’idéologie ni avec la politique.


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