Une Arme d’Intoxication Massive (A.I.M.)

« Notre République Et Sa Presse Prendront De L’essor Ou S’effondreront Ensemble, Ecrivait Pulitzer. Une Presse Compétente, Désintéressée, Dévouée A La Chose Publique, Intelligente, Exercée A Discerner Le Bien Et Ayant Le Courage De Le Faire Peut Préserver La Morale Publique Sans Laquelle Un Gouvernement Populaire Est Une Imposture Et Une Parodie. Une Presse Cynique, Mercenaire Et Démagogue Finira Par Produire Une Population Aussi Vile Qu’elle-Même. Le Pouvoir De Façonner L’avenir De La République Sera Entre Les Mains Des Journalistes Des Générations A Venir. »

Il est bien connu que le quatrième pouvoir, celui des médias, est une force importante qui permet, en principe, dans les démocraties, de tenir le peuple informé du fonctionnement des institutions. Cette force peut, cependant, être au service d’une cause et de ce fait s’avérer dangereuse.

Parlant de la manipulation de plus en plus évidente de l’information, Ignacio Ramonet pointe du doigt les grands protagonistes que sont les acteurs d’une mondialisation dimensionnée à la taille des plus riches. «Depuis une quinzaine d’années, à mesure que s’accélérait la mondialisation libérale, ce «quatrième pouvoir» a été vidé de son sens, il a perdu peu à peu sa fonction essentielle de contre-pouvoir. Cette choquante évidence s’impose en étudiant de près le fonctionnement de la globalisation. Le pouvoir véritable est désormais détenu par un faisceau de groupes économiques planétaires et d’entreprises globales dont le poids dans les affaires du monde apparaît parfois plus important que celui des gouvernements et des Etats. … Comment résister à l’offensive de ce nouveau pouvoir qui a, en quelque sorte, trahi les citoyens et est passé avec armes et bagages à l’ennemi ? Il faut, tout simplement, créer un «cinquième pouvoir». Un «cinquième pouvoir» qui nous permette d’opposer une force civique citoyenne à la nouvelle coalition des dominants. Un «cinquième pouvoir» dont la fonction serait de dénoncer le superpouvoir des médias, des grands groupes médiatiques, complices et diffuseurs de la globalisation libérale. Les grands groupes ne s’assument pas seulement comme pouvoir médiatique, ils constituent surtout le bras idéologique de la mondialisation, et leur fonction est de contenir les revendications populaires tout en essayant de s’emparer du pouvoir politique» (1).

Ignacio Ramonet pointe du doigt l’idéologie de la mondialisation qui, pour étendre son hégémonie, investit le champ médiatique: «Historiquement, la manipulation a été très rare. Encore aujourd’hui, dans les pays dictatoriaux, il n’y a pas d’information fiable, complète, de qualité. En revanche, dans les Etats démocratiques, elle déborde de toutes parts. Elle nous asphyxie. … Mais, en même temps, chacun constate que, comme la nourriture, l’information est contaminée. Elle nous empoisonne l’esprit, nous pollue le cerveau, nous manipule, nous intoxique, elle tente d’instiller dans notre inconscient des idées qui ne sont pas les nôtres. C’est pourquoi il est nécessaire d’élaborer ce qu’on pourrait appeler une «écologie de l’information». Afin de nettoyer, de décrasser l’information de la «marée noire» des mensonges». (1)

Ainsi et pour prendre un exemple récent, la presse mainstream aborde l’offensive israélienne au Liban en considérant comme acquis deux points pourtant sujets à caution. D’une part, elle considère que les soldats détenus par le Hezbollah ont été enlevés en territoire israélien et non pas faits prisonniers sur le sol libanais; d’autre part, elle estime que l’offensive vise à libérer les soldats et à détruire le Hezbollah. Elle ouvre prioritairement ses colonnes aux dirigeants israéliens ou à leurs traditionnels relais pour exposer leur version des causes de la guerre. Les informations des grands médias sont différentes selon la langue du public auxquels ils s’adressent. Ainsi, sur la partie arabophone de son site internet, la BBC rend compte en détail des positions du Hezbollah, en donnant la parole à Hassan Nasrallah. Mais elle s’abstient de le faire sur la partie anglophone de son site. (1)

Les pertes civiles israéliennes sont détaillées, mais les pertes militaires sont à peine mentionnées, de sorte que la mort de civils n’apparaît pas comme un terrible effet collatéral, mais comme un crime de guerre. Ignorance et propagande se mêlent pour donner l’impression d’un affrontement entre juifs et chrétiens d’un côté, musulmans de l’autre. Ainsi, le public n’est pas informé de l’accord au Liban entre le général chrétien Michel Aoun et le Hezbollah musulman. Ou encore, on lui assure que le Hezbollah attaque la ville chrétienne de Nazareth, alors que celle-ci est aux trois quarts musulmane.

Partout, la parole est monopolisée par les responsables israéliens et leurs relais. Dans le Boston Globe, le consul général d’Israël en Nouvelle-Angleterre assure que les événements à Gaza et au Liban sont liés et que les actions israéliennes sont uniquement une riposte légitime à la violence du Hamas et du Hezbollah. Enfin, reprenant un argument irrationnel bien rodé, il assure que le Hamas et le Hezbollah ne sont pas mus par des intérêts, mais par leur haine d’Israël. Le cliché colonial de l’impuissance, de la rage, de la jalousie et de la haine intrinsèques des Arabes face à l’Occident en général et à Israël en particulier est abondamment repris par les éditorialistes israéliens, notamment dans le Jerusalem Post, organe de presse proche du Likoud. Il permet à l’éditorialiste Barry Rubin ou au Dr Schlomo Avineri d’affirmer qu’Israël agit dans l’intérêt des Arabes en détruisant un Hezbollah dont ils sont incapables de se débarrasser par eux-mêmes. Sans reprendre entièrement le cliché de départ, Amos Oz, écrivain israélien et membre fondateur du mouvement «pacifiste» israélien La Paix Maintenant, propose une variante paternaliste de ce raisonnement. Prenant acte du soutien de l’Egypte, de la Jordanie et de l’Arabie Saoudite, il écrit dans Le Figaro et le Los Angeles Times qu’il s’agit d’une guerre entre d’un côté les démocraties et les pays arabes politiquement sur la bonne voie et, de l’autre, les fanatiques chiites (Iran, Syrie, Hezbollah). (2)

De leur côté, les néo-conservateurs applaudissent à l’action israélienne et appellent à un retour à la ligne dure contre la Syrie et l’Iran. Le rédacteur en chef de la revue de référence de ce courant et fondateur du Project for a New American Century, William Kristol, rend dans le Weekly Standard un vibrant hommage à l’action d’Israël contre le Liban. Par une série d’analogies douteuses, il aboutit à la conclusion que l’attaque israélienne n’est qu’une bataille dans la longue guerre de «l’islamisme», auquel il lie la Syrie ba’asiste et laïque et l’Iran, contre «la civilisation démocratique». Il martèle que l’islamisme pourrait devenir aussi dangereux que les deux mouvements totalitaires si on le laisse se développer. Et pour empêcher ce développement, il ne voit pas d’autres solutions que de changer les régimes en Iran et en Syrie. (2).

Dans le Washington Times, le coordinateur des faucons, Frank J. Gaffney Jr. réclame que désormais il n’y ait plus aucun refuge pour les «terroristes»: il ne faut plus faire de concessions territoriales aux Palestiniens (?) et au-delà, ne jamais permettre qu’ils aient de refuge, ce qui justifie, selon la logique de l’auteur, des attaques contre la Syrie et l’Iran. Ecrivant dans le Los Angeles Times, le directeur du Middle East Forum, Daniel Pipes, fidèle à son orientation jusqu’au-boutiste, craint qu’Ehud Olmert n’aille pas assez loin et renonce à l’objectif qu’il assigne à l’action israélienne: détruire le Hamas et le Hezbollah. Il demande à l’administration Bush de faire pression sur Tel Aviv pour que l’offensive se poursuive jusqu’à la réalisation de ces objectifs et se tourne ensuite vers l’Iran. (2)

A l’autre bout du spectre politique, l’éditorialiste conservateur australien Greg Sheridan partage ce point de vue et assure dans The Australian que l’action israélienne est en soi justifiée, mais qu’elle se trompe de cible: il aurait fallu attaquer Damas. Et il ne parle pas de l’Iran car le moment n’est pas propice. En définitive, c’est l’Iran qui est la cible médiatique prioritaire. L’analyste du Pentagone et du Center For Strategic & International Studies, Edward N. Luttwak, assure dans le Jerusalem Post et le Taipei Times que l’Iran a provoqué cette crise pour échapper aux sanctions internationales et créer un contre-feu. Il prétend que Téhéran a corrompu le Hamas et fait valoir ses liens hiérarchiques avec le Hezbollah pour orchestrer une attaque sur deux fronts. Il estime que la «riposte» israélienne est légitime et qu’elle va permettre d’isoler le Hezbollah. (2).

Nous ne nous étonnons pas de trouver comme pourfendeur Bernard-Henri Levy dans Le Point - dont la malhonnêteté intellectuelle est mainte fois dénoncée par l’historien Pierre Vidal Naquet - BHL décèle dans cette résistance héroïque - cette affaire - une «preuve» supplémentaire de l’existence d’un mouvement «fascislamiste». Même son de cloche à la télévision française où les événements du Proche-Orient sont évoqués d’une façon partiale en quelques minutes à la fin du journal. «Tout est difficile, nous faisons notre mieux pour faire notre travail». «Les soldats prient pour rentrer à la maison, ils reçoivent tous les jours des appels de leur maman.» C’est ainsi que Dorothée Ollieric sur la 2 le 3 août 2006 décrit l’ordinaire d’un retour de mission des soldats israéliens. C’est un véritable film hollywoodien. Tout est fait pour apitoyer le téléspectateur, même la prière du soldat est présentée comme un devoir de quelqu’un qui craint Dieu après avoir rôti des enfants musulmans exclus par définition du pardon biblique.

Jean-Marie Colombani, directeur du journal «Le Monde», en avocat, autoproclamé, du sionisme israélien, nous explique pourquoi la guerre se passe, il explique le dessein américain. «Nous avons besoin d’un grand Moyen-Orient démocratique», a redit Mme Rice, reprenant la grande idée de George Bush, exprimée au lendemain des attentats du 11 septembre 2001. C’est dans la perspective du «remodelage» - «reshaping», avait énoncé George Bush - de la région… C’est donc en fonction de cet objectif historique - puisque les attentats de New York et de Washington sont nés du chaos moyen-oriental, il est nécessaire de redessiner et démocratiser le Proche-Orient - qu’il faut regarder la situation actuelle. Il nous annonce au passage que le vrai ennemi de l’Occident, c’est l’Iran, empêcheur de «remodeler en rond». Ecoutons-le: «Chacun y perçoit confusément comme les prémices d’une confrontation plus large, et qui mettrait aux prises, in fine, les pays «occidentaux» et l’Iran». (3)

Défendant la politique de Bush, il écrit: «Ne voulant pas céder à la confusion générale qui avait conduit tous ses prédécesseurs à composer avec les tyrannies régionales, il avait défini un «axe du Mal» et prônait la démocratie, seule thérapie contre l’islamisme et le terrorisme qu’il génère». Naturellement pour Jean-Marie Colombani, le Hezbollah ne saurait être confondu avec la résistance libanaise à l’occupant: «Le Liban, désormais prisonnier du Hezbollah; la Palestine des territoires, qui a confié son destin aux extrémistes du Hamas…»

Contrairement à ce que pourrait laisser croire la présence des troupes américaines, George Bush ne s’est pas non plus suffisamment impliqué en Irak. Menée au nom de la lutte contre l’extrémisme sunnite de Ben Laden, l’opération américaine en Irak a donc abouti à un renforcement de l’extrémisme chiite, sans avoir réduit le premier, et en faisant dépendre le sort de l’Irak chiite du bon vouloir de l’Iran ! Or le fiasco américain en Irak limite la marge de manoeuvre pour contenir l’Iran d’Ahmadinedjad. L’Iran, sa République islamiste et son projet d’armement nucléaire, est pourtant la question stratégique centrale pour l’Amérique comme pour l’Europe. Hélas, les Etats-Unis se sont liés les mains à Bagdad ! Et, par milices chiites interposées, l’Iran s’est doté d’un redoutable moyen de pression, comme le montre la situation au Liban.» (1)

Naturellement au vue de cet argumentaire, Jean-Marie Colombani absout et demande aux lecteurs du «Monde» d’en faire autant: «C’est à cette aune-là qu’il faut mesurer l’opération israélienne, dans cette nouvelle partie à très haut risque qui mêle nécessité de faire face à une (ou des) guérilla(s) et jeu plus classique de la dissuasion face à une puissance potentiellement nucléaire». Ce qui devrait conduire, malgré le drame de Cana, à plus de retenue dans la condamnation quasi unanime d’Israël par les opinions publiques européennes.

Faisant un parallèle avec la crise cubaine, Jean-Marie Colombani reproche à l’Occident de laisser le Hezbollah disposer de missiles - étant entendu qu’Israël et sa politique de destruction massive font partie d’un Occident qui doit être sanctuarisé. Ecoutons-le: «Car la mesure de la crise est celle-ci, et elle n’a de précédent que dans la crise des missiles soviétiques installés à Cuba en 1962: en laissant l’Iran et la Syrie installer, via le Hezbollah, douze mille à dix-sept mille missiles, le Liban a placé Israël à la portée de l’Iran. Pas de n’importe quel Iran: il s’agit de celui d’Ahmadinedjad, dont les propos sur l’existence de l’Etat d’Israël sont sans ambiguïté. Il ne peut donc y avoir aucun doute sur la réalité de la menace qui pèse sur l’Etat juif. C’est pourquoi, de l’Europe à l’Arabie Saoudite, en passant par Washington et Le Caire, la plupart des gouvernements ont souhaité le succès de l’offensive israélienne contre le Hezbollah. Aujourd’hui, ces mêmes gouvernements reprochent à Israël son échec, et les opinions lui font grief de tuer des civils». Au passage, cette bonne âme nous apprend que l’Arabie Saoudite, la Jordanie et l’Egypte sont embarqués sur le même bateau que l’Occident, ce que nous savions déjà. Cependant, la raison n’est pas la protection d’Israël, ils s’en fichent comme de leur première gandoura, ce qui les intéresse c’est comment tenir à leur fauteuil en jouant les équilibristes entre les injonctions de leur maître: les Etats-Unis, et la colère de leur peuple qu’ils se font fort de mater. (1)

Naturellement, JMC s’évertue en vain à convaincre que le Hezbollah est rejeté par les Israéliens; il doit certainement généraliser à partir d’une petite frange maronite instrumentalisée et dont le journal «L’Orient le Jour» est une pâle réplique des journaux de droite français sans la rouerie de ces derniers. Ecoutons-le: «… Reste que le prix déjà payé par le Liban - hier occupé par les Syriens, transformé en vaste bouclier humain par le Hezbollah et frappé par Israël - comme celui que pourrait payer un Israël en échec, rend chaque jour plus urgent de redonner vie au multilatéralisme: Israël n’imposera pas aux Palestiniens, ni aux Libanais, une solution israélienne; mais Israël, plus que jamais, doit être garanti par ceux-là mêmes, Européens et Américains, qui sont visés à travers lui. Le reproche fait à Israël est d’être coupable d’une réaction «disproportionnée»: le problème est qu’Israël doit sa survie en partie à sa capacité à réagir de façon disproportionnée. Le problème est aussi que cette disproportion a constamment contribué à renforcer, dans le camp arabe, les fractions les plus radicales. Au point de porter celles-ci à un degré de haine paroxystique». (4)

Denis Jeambar de l’Express ne pense pas autrement qu’en terme de nécessité de victoire pour l’Etat d’Israël. Je veux citer une vidéo de Denis Jeambar, tête à penser de l’Express, qui déclare: «Il faut à tout prix qu’Israël gagne la guerre, la dernière guerre d’Israël sera celle qu’elle perdra d’après Ben Gourion, le fondateur de l’Etat d’Israël. De fait, une défaite d’Israël serait la première victoire du nouveau fascisme, le fascisme à visage islamique qu’incarne le Hezbollah. Cette défaite d’Israël, si elle devait survenir, serait aussi la première défaite de la seule démocratie existante à l’exception de la démocratie indienne entre la Méditerranée et les rivages du Pacifique. Cette défaite d’Israël signifierait aussi, bien entendu, l’installation du Hezbollah au Liban qui serait le bras armé de l’Iran sur les côtes méditerranéennes. Pouvons-nous accepter cela ? Cette défaite d’Israël serait l’exaltation et le déchaînement d’un Islamisme radical conquérant qui voudrait changer les démocraties. Israël peut-il perdre, la réponse apparaît évidente: Non». (5).

Non monsieur Jeambar, il n’y a pas de vainqueur quand on tue des centaines de personnes, il n’y a pas de victoire quand on capitalise la haine avec le voisin avec lequel on doit vivre. Je suis sûr que les mères israéliennes sont aux antipodes des va-t-en-guerre de votre genre qui règlent leur compte avec l’Islam par procuration. En d’autres temps le journal l’Express de Jean-Jacques Schreiber nous avait laissé l’image de l’honnêteté intellectuelle et non le visage de la haine.

Cette dérive lente mais sûre du quotidien, qualifié à tort de référence, a perdu depuis longtemps ses lettres de noblesse mises en place par le fondateur Hubert Beuve Méry. Les différents dirigeants n’ont pas su faire preuve d’impartialité. Sans vouloir remonter dans le temps, dans un article de juillet 2005, à l’occasion du bicentenaire de la naissance de Alexis de Tocqueville, André Fontaine, «glorifiant» l’homme de génie, nous n’avons pas trouvé une seule phrase sur la face sombre du père de «La Démocratie aux Amériques» quand il s’est agi de la méthode sanguinaire préconisée pour coloniser rapidement l’Algérie.

Deux exemples nous permettent encore de comprendre le parti pris. Sous la plume du rédacteur du réseau Voltaire, nous lisons: «Le Monde, quotidien atlantiste français de centre-gauche, a titré son édition publiée le 25 juillet 2006 au soir et datée du 26 juillet: «Israël s’empare de Beit Jbeil, fief du Hezbollah au Liban Sud». Le tout assorti d’une caricature accusant le Hezbollah de violer les droits de l’homme comme Israël. En réalité, Tsahal n’a pu s’emparer de Beit Jbeil, défendu conjointement par le Hezbollah et Amal. Malgré le recours à des forces parachutistes et l’envoi de deux de ses sept divisions de blindés, l’armée israélienne a accusé une défaite et a été contrainte de se replier laissant derrière elle les corps de ses soldats tués. Le Monde a rédigé son titre et ses articles sur la base d’un communiqué de Tsahal. Le quotidien, qui soutient les revendications territoriales sionistes, n’a pas jugé utile de recouper ces informations tant la supériorité militaire des Israéliens sur les populations arabes lui paraissait aller de soi. Les accusations contenues dans la caricature ne sont pas explicitées dans ce numéro du journal. Elles visent à relativiser les crimes, eux bien réels, de Tsahal.

«Au fil des ans, Le Monde a caché à ses lecteurs que le Hezbollah et ses alliés sont devenus majoritaires dans la population libanaise et qu’il est organisé en armée populaire. Au contraire, il a entretenu l’image fallacieuse d’un groupuscule terroriste. Il se trouve donc aujourd’hui dans l’incapacité d’expliquer de manière cohérente à ses lecteurs qui peut avoir fait rebrousser chemin à deux divisions blindées israéliennes, Le Monde, piégé par sa croyance en la supériorité israélienne» (6).

Dans un article intitulé: «Jérusalem est la capitale d’Israël», déclare «Le Monde», Jack Naffair écrit: «Le quotidien Le Monde, en présentant Jérusalem comme la capitale d’Israël sur la Une de son édition du 13 septembre 2003, clarifie sa ligne éditoriale sur la question israélo-palestinienne. Dans ce débat où chaque mot compte, le quotidien a opéré des choix sémantiques manifestant son adhésion aux revendications territoriales du Likoud. 18 septembre 2003, à la Une du 13 septembre 2003, le quotidien parisien Le Monde relate les menaces proférées par le gouvernement du général Sharon à l’encontre du président de l’Autorité palestinienne. Le premier sous-titre indique: «Selon Jérusalem, le chef de l’Autorité palestinienne est un «obstacle absolu à la réconciliation» ». La métonymie, qui permet de désigner un gouvernement par la capitale de son pays, est une figure de style fréquente dans la presse. Contrairement à la communauté internationale qui reconnaît Tel Aviv comme capitale d’Israël, Le Monde situe le siège du gouvernement d’Ariel Sharon à Jérusalem. Cette prise de position, conforme aux revendications de la frange la plus intransigeante du mouvement sioniste, implique la reconnaissance de la souveraineté israélienne sur le territoire palestinien de Jérusalem-Est, illégalement annexé en 1967».

«Le second sous-titre est ainsi rédigé: «Le gouvernement adopte le principe de son expulsion». Les membres du gouvernement Sharon désignent le déplacement du président Arafat du terme de «transfert», son opposition la qualifie de «déportation». Se ralliant à la diplomatie états-unienne, Le Monde a choisi le terme «d’expulsion». Celui-ci sous-entend qu’Israël n’occupe pas les Territoires palestiniens, mais que ces Territoires en sont partie intégrante. En effet, un gouvernement ne peut expulser quelqu’un d’un territoire sur lequel il n’exerce pas de juridiction souveraine. La délégation états-unienne au Conseil de sécurité avait exigé que la proposition de résolution condamnant les menaces pesant sur Yasser Arafat emploie exclusivement le terme «d’expulsion». Malgré cette correction sémantique, ils y ont apporté leur veto. Les titres en Une du Monde sont choisis par les rédacteurs en chef au cours d’un conseil de rédaction quotidien. Il ne s’agit donc pas ici d’une «coquille» ou d’une faute d’inattention, mais d’une prise de position politique, d’un choix éditorial du quotidien parisien. (7).

Il se trouve heureusement, des analystes plus lucides. La certitude qu’Israël est en train de se lancer dans un conflit qu’il ne peut pas gagner alarme l’ancien président de l’American Jewish Congress et défenseur traditionnel d’Israël, Henry Siegman. Dans l’hebdomadaire britannique The Observer et dans le quotidien australien The Age, il s’inquiète des moyens mis en oeuvre par Israël. Il ne croit pas que l’action actuelle de Tsahal puisse nuire en quoi que ce soit au Hezbollah en tant qu’organisation et redoute au contraire qu’Israël ne soit emporté par la vague de déstabilisation régionale qu’il provoque.

Dans la même veine, l’écrivain israélien David Grossman qui assure dans Libération et The Guardian qu’Israël ne peut pas vaincre le Hezbollah de cette manière et redoute un éclatement du Liban. Les opposants traditionnels de la politique israélienne n’ont, face à ce déferlement, que peu de place pour s’exprimer dans la presse occidentale dominante. En outre, rares sont ceux qui développent une analyse stratégique de la situation, préférant, comme le professeur Saree Makdisi dans le Los Angeles Times, se désoler des ravages pour son pays.

L’ancien conseiller de Geoff Hoon quand ce dernier était ministre des Affaires étrangères de Tony Blair, David Clark, tire des conclusions bien différentes dans The Guardian. Pour lui, il est évident qu’Israël ne veut pas la paix au Proche-Orient et que «l’absence de partenaire arabe pour la paix» n’est qu’un prétexte qui lui permet de prendre par la force davantage de territoires. Allant plus loin, il assure que les pays occidentaux ont intérêt à ce que la région soit pacifiée et qu’ils ont donc des objectifs adverses. Il demande que les pays occidentaux soutiennent Mahmoud Abbas et contraignent Israël à accepter un plan de paix, sans expliquer toutefois jusqu’où peut aller la contrainte.

Conclusion

Ce bref descriptif de ce qui se passe dans la bataille médiatique à sens unique. Les Arabes, qui ont fait preuve de nullité dans tous les domaines, auraient pu au moins se battre dans le domaine de l’information. S’agissant de l’Etat sioniste d’Israël, cette guerre est pour lui un tournant, il a beau disposer de toute la sollicitude de l’Occident, le fait est là, une poignée de résistants désanctuarise le territoire usurpé par la force par Israël. Plus rien ne sera, le croyons-nous, comme avant. Israël est condamné à faire la paix, à restituer les territoires, à se conformer, enfin, aux résolutions des Nations unies et pour ne prendre que sa place en dehors de toute velléité de domination de la région ou de garde-chiourme par procuration. Quand des enfants israéliens sont dressés à écrire des messages de haine sur les bombes destinés à d’autres enfants; Il y a quelque chose de pourri dans les descendants du Royaume d’Israël. C’est une faillite morale de l’Etat raciste d’israël. Cela rappelle les bombes des GI’s sur lesquels on écrit des messages de haine envoyés aux Afghans, aux Irakiens…

Pendant ce temps, les Arabes envoient des délégations à Charm Al Cheikh à portée de canon des Israéliens pour élire Miss Arab World 2006, en la personne d’une jeune Tunisienne, permettant de singer un Occident qui les attire dans sa dimension permissive, comme un aimant. On aurait souhaité que les Arabes soient attirés par le savoir de l’Occident. Au lieu de se complaire dans le farniente, qu’ils fassent des compétitions pour élire les meilleurs physiciens capables de pouvoir utiliser le GPS, le laser, l’infrarouge à des fins pacifiques et de défense le cas échéant. Si les pays arabes veulent vraiment influer sur le cours des choses et dans le but de prendre à témoin les opinions occidentales, connaissant de plus l’impact des médias sur les gouvernants occidentaux, ils pourraient utiliser l’arme de l’information pour la bonne cause en mettant en place une véritable agence de presse, une télévision, un journal et des abonnements dans des journaux à grands tirages - en y mettant le prix - pour apporter la parole honnête sans, naturellement, tomber dans le travers de l’information qui a fait tant de mal et qui, quelque part, est responsable de la prolongation des conflits.

Chems Eddine Chitour : Professeur A l’Ecole Polytechnique

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Notes

1. Ignacio Ramonet: «Le Cinquième Pouvoir». Le Monde Diplomatique, Octobre 2003.

2. Reseau Voltairenet.Org Tribune Et Décryptage. 25 Juillet 2006.

3. Jean-Marie Colombani: Article Paru Dans L’édition Du 01.08.06.

4. Jean-Marie Colombani: Article Paru Dans L’édition Du 01.08.06.

5. Denis Jeambar, Editorial: «Israël Doit Gagner». L’Express Du 28.07.2006.

6. Rédaction: «Le Monde» Piégé Par Sa Croyance En La Supériorité Israélienne. Réseau Voltairenet.Org Du 31 Juillet 2006 -08-06.

7. Jack Naffair. «Le Monde» Piégé Par Sa Croyance En La Supériorité Israélienne Reseau Voltairenet.Org. 2003.


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    Anna Johnston

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