belkhadem01.jpgBlocage et retards dans la réalisation des projets

Abdelaziz Belkhadem est à la tête du gouvernement depuis le 24 mai 2006, date à laquelle il a été nommé en remplacement d’Ahmed Ouyahia. Cette nomination, bien que convoitée depuis de longs mois avant sa concrétisation, donne désormais l’impression d’être un véritable boulet que le nouveau chef de l’Exécutif traîne. Le patron du FLN a vraisemblablement surévalué ses aptitudes et ses capacités. Pourtant, au lendemain de sa nomination, Belkhadem n’avait pas manqué de montrer tout l’honneur qu’il avait à prendre les rênes du gouvernement.

Mais c’est surtout la confiance placée en lui par le chef de l’Etat, dont il a été le représentant personnel pendant plus d’une année, qui l’a réconforté. Voulant donner l’impression d’un chef qui arrive avec les idées bien arrêtées sur ce qu’il y a lieu de faire pour améliorer la situation, d’autant que tout au long des derniers mois ayant précédé sa nomination, il n’avait eu de cesse de critiquer son prédécesseur, Ouyahia, au motif que ce dernier personnifiait les blocages et les lenteurs constatées dans la mise en application du programme du président de la République.

C’est pourquoi Belkhadem dira encore que la nouvelle équipe gouvernementale sera connue «sous peu» et ce, au terme des consultations qu’il devait entamer juste après sa nomination. Mais contrairement à cette déclaration, la composante de l’Exécutif a été reconduite dans sa totalité. Il ne faisait pas l’ombre d’un doute que cette décision du chef de l’Etat de ne procéder à aucun changement sonnait comme un aveu. Bouteflika n’avait pas grande confiance en son ancien représentant. Il est vrai aussi que si les aptitudes et compétences politique du patron du FLN ne peuvent être mises en doute, il en est autrement de ses capacités économiques. En d’autres termes, Belkhadem n’a pas le profil qui sied à un chef du gouvernement. Force est de reconnaître que lui-même est assez conscient de ses lacunes. Pour preuve, dans sa première déclaration à la presse, il s’est bien gardé de s’octroyer cette aptitude de meneur requise pour le poste. Il s’est contenté de souligner qu’il avait l’honneur d’être le «coordinateur» d’un staff gouvernemental. Pouvait-il faire autrement ? Assurément non. Certes, on découvrira par la suite que cette précision n’avait rien de fortuit ; elle obéissait en fait à un calcul tout autre. Celui de préparer l’opinion publique à un changement qui était en cours dans les esprits : la nouvelle mouture de la Constitution que le FLN élaborait dans son laboratoire se devait d’entériner. A savoir la suppression de la loi fondamentale de la fonction de chef du gouvernement et son remplacement par le poste de coordinateur dans la perspective de l’instauration d’un régime présidentiel qui donnerait au Président la prérogative de la nomination d’un ou plusieurs vice-présidents.

Mais il n’en demeure pas moins que la désignation de Belkhadem à la tête de l’Exécutif en a surpris plus d’un, d’autant que les rumeurs qui avaient circulé sur l’identité du successeur de Ouyahia avançaient Abdelmalek Sellal (ministre des Ressources en eau) et Chakib Khelil, deux noms qui répondaient au profil recherché. Le premier présentait l’avantage d’avoir été directeur de campagne de Bouteflika lors de la présidentielle d’avril 2004. Une fonction qui ouvre droit à ce poste de chef du gouvernement si l’on prend pour exemple le cas de Benflis. Le second, quant à lui, avait en main l’atout maître d’être compté parmi les proches des proches de Bouteflika, sans oublier le fait qu’on le disait très soutenu pour ses visions économiques libérales.

Le mauvais choix ?

Bouteflika a-t-il fait le mauvais choix en optant en définitive pour Belkhadem ? La question est aujourd’hui reposée. Certes, à la tête du gouvernement depuis moins de trois mois, le locataire du palais du gouvernement est en droit de prétendre à un délai de grâce qui s’étalerait au moins jusqu’à la rentrée sociale. Mais à y voir de plus près, l’on serait tenté de se demander si les choses, d’ici là, pourraient changer positivement. En effet, force est de le souligner : depuis sa nomination et peut-être quelques déclarations par lesquelles il a tenté de donner l’illusion qu’il serait l’homme du changement.

Il faut toutefois rappeler qu’avant sa nomination, il n’avait pas été avec le dos de la cuillère pour critiquer la gestion de Ouyahia. Ce dernier a été identifié comme étant à l’origine de tous les blocages et tous les retards accusés dans la mise en œuvre du programme présidentiel. Pis, Belkhadem, conscient du rôle de l’UGTA et de son poids sur l’échiquier politique du pays, a manœuvré pour s’attirer sa sympathie en développant un discours contradictoire à celui tenu par le patron de l’Exécutif et en affirmant «légitimes» les demandes de revalorisations salariales exprimées par les syndicats. Ainsi, si dans un premier temps, le président de la République avait épousé les thèses de son chef du gouvernement, donnant de la sorte l’impression qu’il le soutenait contre les attaques répétées de ses adversaires politiques menés par le patron du FLN, Bouteflika ne tardera pas à changer de position en reprenant à son compte la revendication salariale. Mieux, il finira par donner raison au monde du travail en annonçant les hausses attendues. Cela avait sonné le glas pour Ouyahia. Pourtant, tous les observateurs le confirmeront, la situation du pays n’a pas évolué d’un iota. Le principal projet politique que le FLN – et donc Belkahdem – avait pris à bras-le-corps, à savoir la révision constitutionnelle, donne l’impression d’être au points mort. Au plan économique, la situation de blocage est la même, voire pire que celle qui prévalait du temps du patron du RND. Aucun des projets d’envergure n’a enregistré une avancée notable.

Le gouvernement donne l’impression de faire du sur place. Ses réunions en conseil se font de plus en plus rares. Si Ouyahia semblait avoir quelques soucis avec les ministres proches du Président, Belkhadem, lui, ne semble avoir la main sur aucun des ministres en poste. C’est à se demander à quoi sert désormais le gouvernement.

Nadia Kerraz


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