Algérie : version 2006

01 octobre, 2006 | 316 Lectures | Ecrire un commentaire

BouteflikaChavez1.gifRevenus pétroliers conséquents, alliance gazière avec la Russie, bonne entente avec l’administration Bush, mouvement des non-alignés, dossier du Sahara occidental à l’ONU,
verrouillage des alliances avec les pays africains amis…
En 2006, l’Algérie du président Abdelaziz Bouteflika donne l’impression d’être sur tous les fronts. Qu’en est-il réellement ? Comment le chef de l’Etat positionne-t-il son pays sur l’échiquier mondial ? Que fait-il sur la scène intérieure algérienne, et notamment économique ?

Les rumeurs sur l’état de santé d’Abdelaziz Bouteflika sont reparties de plus belle. En cause cette fois, son absence lors de l’ouverture de la 61ème session de l’Assemblée générale des Nations Unies où il était attendu. Pourtant, dans les semaines qui ont précédé cette nouvelle éclipse, le chef de l’Etat algérien est successivement apparu en Libye pour le 7ème anniversaire de la création de l’Union africaine, et à Cuba, à l’occasion du sommet des pays non-alignés. À défaut de lever les doutes sur sa santé, son agenda permet de mieux cerner le jeu géopolitique de l’Algérie qui a parfois donné l’impression de flotter en raison de déclarations tactiques de son président. Ses déplacements, réels ou programmés confirment que l’Algérie se projette comme un “leader du Sud”, pour reprendre l’expression de Khadija Mohsen-Finan, chercheuse à l’IFRI, voulant emmener le camp des non-alignés, devenus en réalité alter-mondialistes «Abdelaziz Bouteflika veut donner un nouvel élan aux relations avec l’Amérique Latine avec qui l’Algérie entretient des liens idéologiques et politiques.


Il ne faut pas oublier que de nombreux hauts fonctionnaires, aujourd’hui en poste, ont été formés à Cuba. Alger caresse aussi l’espoir d’acheminer le gaz algérien vers ce continent», estime Khadija Mohsen Finan. L’escale américaine prévue, puis annulée à la dernière minute, du président Bouteflika montre, elle, que, forte de ses excellentes relations avec l’administration Bush, l’Algérie ambitionne de devenir le médiateur des Etats-Unis avec le camp des “non-alignés”, notamment avec les latino-américains, très remontés contre Washington. L’Afrique occupe également une place privilégiée dans les plans “non-alignés” d’Alger qui renforce son axe Algérie/Nigéria/Afrique du Sud pour contrer la pression que lui oppose le Maroc dont la diplomatie est très active sur le continent africain depuis six mois. «Ce positionnement de leader du Sud passe enfin par faire entendre sa voix aux grandes puissances là où elle peut être entendue. C’est le cas à l’ONU, sur le dossier du Sahara occidental», note Khadija Mohsen-Finan.
En effet, en avril dernier, lors de la publication du rapport de Kofi Annan sur le Sahara occidental, les Nations Unies ont tenté de montrer que leur diplomatie s’intéressait plus aux faits qu’à l’Histoire. En vain. Alger a refusé net d’adhérer à ce qu’elle considère comme une “dérive” qui tend à “opposer la realpolitik à la légalité internationale” et suggère “que la première prévale sur la seconde”. En parallèle, l’Algérie fait cavalier seul pour mieux ancrer ses relations avec l’Europe. Le pays mise sur deux tableaux, comme l’explique Luis Martinez, chercheur au CERI (Centre d’études et de recherches internationales). «D’abord, devenir un fournisseur incontesté en gaz mais surtout un fournisseur fiable, comme la Norvège par exemple. L’Algérie mise également sur la coopération sécuritaire et anti-terroriste en tablant entre autres sur l’Euroforce et l’OTAN».

leaders énergétiques
Dans le domaine sécuritaire, la priorité d’Alger va toutefois aux Etats-Unis et les mauvaises relations avec les administrations Reagan et, dans une moindre mesure, Clinton appartiennent au passé. «L’Algérie sait très bien que le leader économique et sécuritaire à suivre sont les Etats-Unis. Mais attention, les Américains ont une vision planétaire des choses et, en ce qui concerne l’antagonisme Maroc-Algérie, ne choisissent pas. Ils procédaient exactement de la même façon avec l’Irak et l’Iran, avec le Brésil et l’Argentine mais aussi avec la Tchéquie et la Pologne», poursuit Luis Martinez.

Second pays avec lequel l’Algérie soigne particulièrement ses relations : la Russie, le géant énergétique du 21ème siècle. Comme la Libye ou le Turkménistan, l’Algérie veut être sur la liste de ceux avec lesquels Moscou s’alliera ou plutôt vassalisera en leur offrant des moyens logistiques et financiers pour exploiter, puis distribuer, leurs ressources naturelles. Les prévisions algériennes de production gazière montrent d’ailleurs que cette ressource constitue un axe majeur de développement. L’Algérie prévoit de passer de 1,5 million de barils de pétrole par jour à 2 millions en 2010 mais veut exporter 95 milliards de mètres cube de gaz naturel par an en 2010 contre 65 milliards aujourd’hui. «Pour le gaz, l’Algérie va se comporter avec la Russie exactement comme avec les Etats-Unis pour la sécurité. En ce qui concerne la lutte contre le terrorisme, elle en avait tiré un important bénéfice régional, même si à l’échelle de la planète, elle est devenue un policier de Washington», analyse Luis Martinez. En ce qui concerne la troisième grande puissance mondiale, la Chine, Alger a su opportunément tirer profit de l’insatiable appétit économique des Chinois pour les marchés émergents pendant les années 90. Aéroports, BTP, infrastructures…

réformes de l’économie
La Chine est omniprésente en Algérie même si ce type de partenariat est susceptible de gêner son développement social, comme le montre Luis Martinez : «l’Algérie est confrontée à un gros problème de chômage. Or, les entreprises chinoises créent peu d’emplois car elles importent leur main-d’œuvre. Elles travaillent en trois-huit avec des salariés chinois et sont donc capables de construire un hôpital en trois mois, mais le pays concerné n’en tire pas de bénéfice direct en termes d’emploi. Ces partenariats-là seront valables tant que l’Algérie tarde, ou ne parvient pas à injecter ses pétrodollars dans sa propre économie». Le régime algérien ne cesse de s’en vanter : grâce à l’envolée des cours du pétrole, le pays est aujourd’hui à la tête du plus gros pactole de son histoire. Les réserves en devises de sa banque centrale avoisinent les 68 milliards de dollars et, en 2006, les recettes pétrolières devraient atteindre les 50 milliards de dollars. «À moins d’un contre-choc pétrolier inattendu, nous sommes entrés dans une période de pétrole cher. À court et moyen terme, l’Algérie dispose donc d’une rente financière stable. La vraie question est maintenant de savoir ce qu’elle en fait. Or aujourd’hui, on ne peut que pointer l’absence de doctrine économique, montrant que le Pouvoir se cherche», observe Akram Belkaïd, journaliste au quotidien économique français La Tribune et auteur de l’excellent ouvrage «Un regard calme sur l’Algérie».

Que fait donc aujourd’hui l’Algérie de sa fortune colossale ? D’abord elle construit partout où elle le peut. Au dernier trimestre 2006, le pays ressemble à un vaste chantier à ciel ouvert. Aéroports, infrastructures routières et autoroutières, structures portuaires, logements, hôpitaux… Tout y passe et il semblerait que le fameux plan d’investissements de 50 milliards de dollars soit enfin entré dans une phase concrète. Il faut dire qu’il y avait urgence. Dans les années 80, le pays a peu construit et, pendant la guerre civile des années 90, a subi près d’un milliard de dollars de destructions. L’Algérie rembourse aussi sa dette : déjà 12 milliards de dollars sur un encours de 30 milliards, représentant une économie de 2 milliards de dollars d’intérêts. «Deux lectures peuvent être faites de ce geste : d’abord ne plus se retrouver entre les griffes du Club de Paris, de Londres et du FMI comme dans les années 90. Mais une partie des technocrates algériens se sont peut-être dit qu’en raison du manque de stratégie économique et de la corruption ambiante mieux valait consacrer cet argent à la dette, qu’il ne serait pas perdu», estime Akram Belkaid. Alors qu’une véritable frénésie financière et capitaliste se développe, facilitant la mise entre parenthèses des lois sociales et générant une grogne généralisée qui se traduit par des émeutes à répétitions, l’Algérie tarde à s’attaquer aux réformes de fond dont a besoin son économie. Et elles sont nombreuses : lutte contre le secteur informel, réforme du système bancaire, de l’administration, du foncier, du secteur public dont les entreprises sont peu compétitives, révision des barrières protectionnistes… C’est pourtant là que l’Algérie joue son avenir économique à long terme. Tant qu’elle ne se réformera pas structurellement et se montrera incapable d’exporter d’autres produits que le pétrole, elle ne résoudra pas sa dépendance à l’égard de l’or noir. Et, dans les années 80, elle a pu évaluer à quel point cela est dangereux.

Catherine Graciet


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6 commentaires

  1. “générant une grogne généralisée qui se traduit par des émeutes à répétitions, l’Algérie tarde à s’attaquer aux réformes de fond dont a besoin son économie”
    “Tant qu’elle ne se réformera pas structurellement et se montrera incapable d’exporter d’autres produits que le pétrole, elle ne résoudra pas sa dépendance à l’égard de l’or noir. Et, dans les années 80, elle a pu évaluer à quel point cela est dangereux. ”
    “Les réserves en devises de sa banque centrale avoisinent les 68 milliards de dollars et, en 2006, les recettes pétrolières devraient atteindre les 50 milliards de dollars. ”
    “L’Algérie rembourse aussi sa dette : déjà 12 milliards de dollars sur un encours de 30 milliards, ”
    Où va alors l’argent??????
    Cher commandant Tobji, il va faloir changer le fusil d’épaule et ecrire un “brulôt”: Les officiers de SM Boutef et l’argent noir.

    maghrébi

  2. L’argent du pétrole va dans les achats d’armes de guerre , pour alimenter la mafia politico-financiére ( dixit : khalida toumi avant qu’elle ne soit ministre … ) … etc .
    En tout les cas, le peuple algérien n’en profite pas et sa situation reste ubuesque : l’état a de l’argent et les algériens sont toujours aussi pauvres , chomeurs , mah gourine …
    Nous autres jeunes algériens oublions nos problémes en fumant de bons pétards made in Morocco dont nous sommes trés demandeurs, il est vrai …
    Allah istar .

    AKLI

  3. Je suis marocain et je remarque que l’ALGERIE a des amis louches .
    La corée du nord et sa dictature présidentielle et héréditaire , le VENEZUELA et son fantasque président populiste Chavez , CUBA et son dictateur à vie FIDEL CASTRO , La SYRIE et son régime dictato-héréditaire , LA BIRMANIE et sa junte militaire au pouvoir , le polisario organisation séparatiste et criminelle , en plus derniérement de l’IRAN chiite et expansionniste …
    L’ algérie ne fréquente que les voyous de la planéte , l’ex- camp de l’EST défait par la guerre froide …
    Le débat est ouvert Mr CHIBOUT …
    SALUTATIONS

    MALEK

  4. Pour les dociles, adeptes du léchage de chaussures ou autres aplaventristes, c’est sûr que ces pays sont qualifiés de voyous car ils osent faire face à l’axe americano-sioniste. C’est sûr que pour un pays comme le Maroc habitué à flirter et à coucher avec Israel celà relève de la folie que de se dresser contre les VRAIS VOYOUS du Monde.

    Peut etre qu’un jour vous aussi vous serez des hommes !

    Cheyenne

  5. Parce que l’ALGERIE ne fait pas de léchages aux états unies peut-étre ???
    Qui fais des bises indécentes à BUSH ???
    N’oublie pas que vous étiez dans le camp des perdants soviétiques ( partie unique ) et vous avez viré à 180 degrés vers les états unies lioum …
    L’axe Américano-sioniste est avant tout démocratique et non dictatorial comme vous et vos amis .
    Ce sont les peuples Américains et israéliens qui élisent leurs dirigeants , cher Monsieur .
    ISRAEL fait partie des nations unies et a des contacts avec les palestiniens directement concernés …
    Pourquoi le MAROC n’aurait pas de contacts avec eux ????
    Le MAROC n’as pas ,en ce moment ,de relations diplomatiques avec ISRAEL , ce qui ne saurait tarder quand la situation sera réglée avec les palestiniens .
    Le MAROC est dans le camp des gagnants et non des perdants et des parias qui utiliseront un jour leurs armes atomiques contre leurs voisins ( la corée du nord contre le japon ou la corée du sud . L’iran contre les émirats …).
    La SYRIE n’as jamais tirée une seule balle pour libérer LE GOLAN derniérement …

    L’ ALGERIE n’as jamais envoyés de soldats combattre ISRAEL pour aider nos fréres Egyptiens et Syriens .
    Le MAROC a combattu ISRAEL au sinai et surtout au GOLAN syrien … et d’aprés les israéliens eux mémes ,le GENERAL SEFRIOUI et ses hommes ont fais preuve d’une bravoure a toute épreuve alors que les SYRIENS, eux mémes, ont fuis les zones de combats …
    L’HISTOIRE est parfois INGRATE , cher Monsieur …
    Assez de poésies et de ” chiaarates ” chers aux arabes , agissez au lieu de parler , battez vous avec le polisario comme à AMGALA ( quelle décullotée vous avez pris … ) , Envoyer vos soldats aidez vos fréres arabes , faites participer vos soldats avec l’ONU …
    Il n’y as pas que les quelques membres du GSPC à traquer , il y a des actions plus nobles deans le monde …
    Les principes c’est bien joli, sauf quand on les bafoues sois méme .
    BAZ .

    REPONSE A CHEYENNE

  6. Dossier “Algérie, cap sur l’avenir”

    >> http://www.afrique-asie.fr/_medias/dossiers/200604_dossier_algerie.pdf

    Mhamed

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