Saddam : La méthode western
07 novembre, 2006 | 313 Lectures | Ecrire un commentaire
Saddam sera pendu et pas fusillé. Il avait demandé à être exécuté comme un militaire mais il sera expédié comme un hors-la-loi de l’époque des westerns US. Au décor, il ne manque que les buissons secs, l’étoile du shérif, l’indien alcoolisé, le village champignon du youpie-land, la foule des fermiers poussiéreux, le Nevada et ses déserts à serpents. Mais manquent-ils vraiment ? Ne suffit-il pas de plisser les yeux pour replanter le décor, sinon son schéma mental américain ? Passons cependant. L’essentiel n’est pas dans la corde, ni dans le spectacle du pendu.
Saddam était déjà condamné par lui-même avant même l’arrivée des Américains et il y a eu des milliers d’Arabes et d’Irakiens qui l’ont déjà pendu dans les rêves fous de leur rage d’impuissants. Saddam devait être jugé tôt ou tard. D’abord, pour crime contre les siens, pour meurtre, pour défaite mais aussi parce qu’il s’est fait passer pour cette version bande dessinée de l’Arabité cocasse. Pris au mot par son propre destin, il sera donc pendu au bout d’une corde après avoir été retrouvé dans un trou. Le Texas pend donc toujours les hors-la-loi et les Texans sont des gens de tradition. Justice donc a été faite ? Non ou tellement peu. Pour les Arabes de la télécommande et d’El Jazeera, le verdict contre Saddam est juste, mais il n’a pas été prononcé par la justice. Le procès devait avoir lieu tôt ou tard, mais qui va croire que ce tribunal a été indépendant dans un Irak qui ne l’est pas ? La fin de Saddam était attendue et même souhaitée, mais pas après la fin de l’Irak et sa dislocation. Saddam devait être jugé par les Irakiens, par les Arabes, dans un pays libre et à l’intérieur d’une véritable démocratie. C’est seulement ainsi que la « pendaison » de ce dictateur pouvait avoir le sens d’une page tournée, d’une fin d’époque et d’un signe de rupture avec le passé. Tout le monde sait, aujourd’hui, que si le juge est « irakien » quand il est autorisé à l’être, la corde est américaine et cela enlève, au procès et au verdict, tout caractère de « réparation ». En somme, pour l’Arabe moyen, il s’agit au mieux d’une injustice réparée par une plus grande injustice, et au pire d’une pendaison pour le même crime que commettent aujourd’hui les Américains et que paye Saddam parce qu’il est le vaincu. La conclusion ? Le procès de Saddam a été surtout un procès cahoteux, offrant à voir les ratés de la colonisation US et le ridicule d’une fin de régime arabe dans un trou de rat. Son verdict est déjà perçu comme un produit dérivé des élections législatives US. Quant au cadavre, il ne servira, à coup sûr, qu’à « justifier » d’autres violences dans ce pays que tout le monde assassine.
Kamel Daoud
Note de l'Article :



Le cow boy perd la face . Les urnes ont parlés la Démocratie Us révise sa politique. Saddam était un larron ,que le cow boy sanguinaire voudrait exiber comme un trophée de foire.
Le monde arabe est devenu un immense souk,où l’on vient faire et défaire l’Histoire. L’Arabité n’est plus habitée, elle s’en est allée par où elle est venue dans ses dunes, en silence..
Un jour un grain de sable, reviendra reprendre son droit,il enrayera cette folle dérive vers ces horizons incertains. Les leçons ne nous suffisent pas ,nous sommes defaits par tant de coup de butoir contre la porte de nos espoirs,ceux émis par nos pairs..Où sont les nobles chevaliers de la cause des veuves et de l’orphelin? qui faisaient trembler l’Europe qui admirait cette puissance et ce nouveau génie arabe, transcendant le sentiment de justice par la sobriété, jusque dans les parcelles reculées du désert..Oh! Monde arabo-berbère, qu’avez-vous fait pour bannir l’entente dans vos coeurs et la raison dans vos choix politiques!
Abdelkrim
10 novembre, 2006