L’Algérie étant un pays souvent inexplicable pour les chancelleries comme pour les siens, une solide tradition veut que deux fois par an, apparaît une brève explication majeure qui donne cohérence à des faits éparses, dans l’ordre d’une interprétation qui fera mode un moment avant de tomber dans le démodé. Ce fut le cas pour la décennie du terrorisme, pour le procès de Khalifa et aujourd’hui, pour ce que cache le désordre des dernières législatives déjà bouclées. Que se passe-t-il donc ? En apparence, rien malgré les attentats d’hier. Le pays va voter pour lui-même, l’APN va offrir de nouveaux emplois, l’Etat continue de fonctionner autour de la présidence qui fonctionne autour de Bouteflika. Pourtant, et selon les collectionneurs de présages, rien ne va pour le mieux.


Certes le pays est meublé par l’Etat et l’Etat est toujours meublé par la Présidence, mais cette dernière sonne étrangement creux depuis quelques temps. Partis sur cette hypothèse de l’existence d’un trou noir au beau milieu de la galaxie du Pouvoir, certains expliquent que le Douar brûle. C’est cette odeur de brûlé qui expliquerait pourquoi les chefs des partis agréés, chargés d’illustrer le pluralisme spécifique de la nation, ont été décidés à ne pas se présenter sur les listes pour garder leurs forces et leur image pour les courses de 2009. Plus que cela, c’est cette même odeur qui expliquerait pourquoi le meilleur spectacle du pays est donné en ce moment par l’UGTA ciblée par une tentative de redressement à laquelle elle a répondu par une mesure d’exclusion à l’encontre d’une figure clef du Sénat, tête de liste du tiers présidentiel, et meneuse de fronde au nom de l’assainissement de l’appareil syndical après le procès de Blida. Le discret nettoyage ayant même touché d’autres hommes proches du premier cercle frappé par une étrange paralysie et immobilisé par une curieuse absence d’initiative. L’enjeu ? Récupérer les postes clefs avant la fin de l’actuel règne, placer ses propres hommes, affaiblir le camp adverse et rendre le coup des anciens limogeages mal digérés. Rien n’étant encore clair cependant, cette lutte n’annonce pas encore ses résultats et le rapport de force étant toujours à l’équilibre précaire entre les concurrents expliquent les professionnels des OVNI. C’est hasardeux comme explication, fragile comme scénario mais très consommable comme débroussaillage astrologique. Le but ultime étant de préparer les prochaines présidentielles autrement que par la révision de la Constitution et de se partager l’héritage du pays dans le cas d’une transition imprévue, ajoute-t-on.

C’est donc là la dernière théorie dans un pays où les recherches en astronomie se limitent depuis l’indépendance à observer la planète d’Alger et ses satellites. Même improbable et très hasardeux, ce genre d’explication a son poids dans la vie de la nation et cela se comprend aisément. La preuve ? une simulation sur la grippe aviaire a déjà provoqué la panique dans plusieurs wilayas du pays alors qu’une simulation d’élections législatives ne dérange jamais plus que ceux qui ont été exclus de la course. Les algériens étant plus inquiétés par ceux qu’ils mangent que par ceux qui les mangent. Derniers développements : un immense attentat à Alger, aussi lourd que celui des funestes années 90. Explication : C’est El Qaïda du Maghreb qui a réussi son union avant l’UMA. Le terrorisme continuant à servir et à se servir. Les pessimistes disent que tout va mal. Les optimistes ne disent rien pour le moment.

Kamel Daoud


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