ALGERIE : Le visage d’un homme qui regarde une tasse de café froid
17 avril, 2007 | 860 Lectures | Ecrire un commentaireA bien regarder le «dernier» visage de Bouteflika, celui d’un homme qui regarde le pays presque à partir d’une lune intime, l’on se met à penser à une invisible loi alimentaire du pays: l’habitude de l’Algérie se manger aussi ses présidents de République. Le cycle est presque connu: à chaque décennie, un homme est voté par les descendants de Barberousse et presque avec la même méthode que celle de l’époque des choix des Deys par les pirates, se voit ensuite compléter le chèque avec un bon pourcentage de participation populaire puis se voit lentement abandonner pour une descente en kayak dans la déception, l’impuissance, la remise en question de son propre destin puis la solitude de l’arrivée. A la fin, coincé entre le trône et la fatigue, l’élu, vidé de ses enthousiasmes, acculé à afficher une déception contrôlée, se rabat sur l’antique certitude que ce peuple comme ceux qui l’utilisent en guise d’élevage d’escargots alimentaires, ne veut pas changer, n’en a pas le désir et ne mérite presque pas d’être associé à sa propre histoire.
La règle, fausse ou vraie, voulant que par habitude, par paresse ou par tradition de parricide, les Algériens aiment voir leurs propres présidents lentement démissionner, baisser les bras et s’en remettre aux calendriers des élections ou des départs volontaires et opter pour le silence ou le mépris cloisonné. Car à bien regarder, les Algériens ont une curieuse habitude de charger leur premier élu de tous leurs espoirs, puis de toutes leurs critiques et enfin de tous leurs maux collectifs. La seule énigme persistante est que si l’on arrive à distinguer l’otage, il n’y a qu’une seule partie de la mâchoire qui est visible (la masse aveugle du peuple manipulable), l’autre étant devinée et à peine identifiée. Le coup d’Etat en Algérie pouvant être aussi un coup d’Etat sentimental et ressembler à un divorce sale. Cela s’est passé ainsi pour Chadli, pour Boudiaf, pour Zéroual et cela se passe aujourd’hui pour Bouteflika. Le silence de l’homme face aux blessés de l’attentat d’Alger, qu’il a visités avant-hier, n’est pas uniquement un silence politique mais une grosse scène de solitude métaphysique que les bains de foule organisés arrivent à peine à peupler malgré les bus gratuits et les confettis. L’actuel président de la République semblant tourner le dos à tous, même si on le regarde de face et se pencher sur ce pays à partir d’une fenêtre très haute. Pourquoi ? A cause de la maladie. Pas la sienne, mais celle de l’histoire algérienne fondée depuis l’indépendance sur une sorte de messianisme de fainéants attendant éternellement le super homme pour l’applaudir, le tuer, le momifier puis le manger vivant et se prouver à soi que l’on ne peut pas s’en sortir et qu’il est inutile d’essayer. Il y a dans la mécanique du choix des Deys en Algérie un curieux paradoxe qui veut que plus le pourcentage d’élection de l’Elu est important, plus grande sera la solitude qui va le suivre et plus grande la fiction qui va l’entourer et le ligoter. Et plus l’Elu se croira porteur d’une solution, d’une vision et d’un espoir, plus le peuple lui répondra par une sorte de défection, de trahison, de fourberie et de vice dans les comportements. Pourquoi ? Parce que le peuple n’existe justement pas. L’Elu finit toujours par comprendre qu’il s’agit de gens vivants qui ont autre chose à faire que de l’applaudir et que s’ils l’ont fait, c’est pour lui servir ce qu’il voulait par le biais de ceux qui l’ont choisi avant eux. Le peuple finissant à son tour par comprendre que l’Elu n’étant pas aussi puissant qu’il le dit, que c’est tout juste un Algérien autant qu’eux, coincé dans le même pays et qu’il n’ont pas le même salaire et le même boulot, mais la même conviction morbide. Passées les noces ferventes, le couple aboutit à la règle du «il n’y a pas de héros pour son valet de chambre» et fonctionnera longuement à la rupture des transferts: l’Elu croyant que le peuple abstrait ne veut pas vraiment s’en sortir, là où le peuple va surtout se mettre à la jérémiade pour collectionner les défauts de celui qu’il a élu avec trop de klaxons. La fin ? La vie de tranchées des mariages froids: à chacun son lit, sa cuisine, son assiette et son discours sur les enfants de demain et la façon de leur offrir un avenir. Additions séparées pour démentir la photo de groupe. Dans la collection, Bouteflika rejoint, à lire son visage ces derniers temps, le cercle fermé de ceux qui ont mis des années à la tête de ce pays pour comprendre qu’il s’agit d’une désillusion réciproque. Le peuple n’étant pas un seul homme comme on a cru et l’homme élu n’étant pas le seul président comme on a voulu. Entamé sur le mode d’un destin collectif, un mandat présidentiel aboutit généralement à la philosophie du café solitaire. D’où ce visage las, traversé par une sage amertume, masquant un échec intime, servant de digue à un mépris sophistiqué et de barrière entre ce qui reste de soi et ce que ce peuple a déjà mangé et avalé, mais qui continue encore de fonctionner pour sauver les apparences, ce visage qu’ont tous les présidents algériens lorsqu’ils débouchent dans le terrain lunaire de la démission.
Kamel Daoud
Note de l'Article :



A voir les efforts du président, malgré le poids de la maladie,le travail colossal et le suivi personnel des réformes engagées;on croirait que c’est le président qui a élu son peuple.QUI A ELU QUI DITES-VOUS?
Je t’élie pour que tu travailles à ma place …Quand on arrive à attendre d’un président qu’il soit juge ,commissaire de police,banquier et qu’il ne le peut pas on regrette d’avoir voté pour lui.” Dis-moi ce qui te hante je te dirais qui tu hais” ce et qu’il ne le peux pas car c’est impossible soit juge,commissaire de police,banquier
YASSINE
26 mai, 2007