ALGERIE: La différence entre «non au terrorisme!» et «vive Boumediène!»
18 avril, 2007 | 614 Lectures | Ecrire un commentaireEn soi, le spectacle est désolant et pousse à l’affliction : des bus réquisitionnés pour transporter les villages vers les villes, des fonctionnaires « libérés » de force, des écoliers lâchés dans les rues, des plans serrés pour les caméras de l’ENTV pour créer des illusions de foule, le même discours diffusé à l’occasion du débat sur la charte en 74, un ton de patriotisme proche de l’hystérie, des drapeaux en surnombre, un vieillard en turban, une femme drapée, un enfant juché sur les épaules d’un adulte et un jeune typique conditionné au socialisme culturel. L’Algérie a marché hier. Mais encore une fois en rond et sur le même mode d’organisation par organisations de masse et discours de soutien. Est-ce qu’elle avait raison de le faire ? Oui. Tout le monde a senti cette affreuse peur de voir le Cauchemar revenir après les attentats d’Alger. Tout le monde a eu le même geste de refus, la même peur. Et si beaucoup ont marché hier, c’est parce que beaucoup ne veulent pas revenir en arrière, retomber dans la tombe, servir de liste à cadavres. Ce que les algériens ont retrouvé ce n’est peut-être pas la Paix totale, le bonheur, le jardin promis par l’Indépendance mais c’est un peu mieux que les années 90 et ils ne veulent pas y retourner.
Alors qu’est-ce qui a gêné dans ce spectacle de peuple à piles ? Les commentaires de l’ENTV ? Les banderoles Nord-coréennes ? Les doublures de voix ? Un peu. Le plus gênant n’étant pas dans le spectacle mais dans sa récupération : les algériens ne veulent pas du terrorisme mais ce refus ne leur sert pas à changer le pays mais seulement à cimenter les positions alimentaires de ceux qui les gouvernent. La colère a été recyclée très vite en manifestation de soutien. Les marches des rues ont démontré une domestication réussie. L’autorisation de manifester aujourd’hui, parce que l’Etat a besoin de se shooter par des images, rappelle que ce peuple n’est pas autorisé à marcher pour d’autres raisons comme le pain, le travail, l’argent de la Relance ou les réformes politiques et le refus de misère. Pour ces chapitres, il n’existe plus que la voie du silence ou celle de l’émeute. Le bon peuple a été interdit de circuler à plus de deux personnes longtemps et n’y sera autorisé que pour servir de personnage et d’applaudimètre. C’est cela qui donne aux marches d’hier l’émotion d’un refus de la terreur et l’odeur sale d’une vente concomitante. Au final, le « non au terrorisme » a viré au « vive Boumediene » car il y a une différence entre voir ce peuple marcher et faire marcher ce peuple pour son propre cinéma. Le terrorisme est à dénoncer et à refuser, mais doubler ce peuple par lui-même rien que pour son propre usage sont tout aussi condamnable par la morale comme par l’esthétique. Le ministre de l’Intérieur a bien expliqué que les voitures piégées du 11 avril ont été actionnées par des télécommandes peut-être. L’enquête va le prouver ou l’infirmer. Cela ne sera pas le cas pour les marches d’hier : la télécommande était visible de loin, même si l’émotion des algériens était sincère et leur refus de la mort on ne peut plus émouvant. Le peuple, le bon peuple a marché hier pour la réconciliation, mais pas pour celle que l’on croit.
Kamel Daoud
Note de l'Article :



Eh oui, le terrorisme qui sauva le système de sa chute en 90 reviens pour nous rappeler que 88 à généré des dégâts et que le changement n a pas eu lieu et donc que la démocratie et la paix ne sont pas encore au rendez-vous!
Donquichote
22 avril, 2007
Une intervention intéressante du Président de la Côte d’Ivoire à propos de l’avenir de l’Afrique dans LE COURRIER D’ABIDJAN
Gbagbo : “Ma vision pour l’Afrique” C’est une interview du président Laurent Gbagbo qui est presque passée inaperçue dans la sphère francophone. Et pour cause : elle a été publiée début avril dans un (très pertinent) mensuel panafricain basé à Londres, New African . Pourtant, le numéro un ivoirien a dit des choses intéressantes face au dictaphone de la journaliste Ruth Tete. S’il a martelé ses positions à propos des origines de la crise « un coup d’Etat qui a échoué et non un problème identitaire de fond », à propos des concepteurs de Marcoussis, dont l’objectif était de « dépouiller Gbagbo de tous les pouvoirs nécessaires pour gouverner effectivement », à propos de son plan de sortie de crise (qui n’était pas encore bouclé au moment de l’entretien), il a aussi évoqué des questions de fond liées au destin de l’Afrique et à ses relations avec le monde extérieur.
Le Président Ivoirien
En résumé, il explique que la crise ivoirienne lui a révélé un continent qui doute de lui-même et a peur d’avancer sur la route de la liberté ; mais qui est en pleine mutation et pourrait même devenir un recours pour un monde déchiré par diverses confrontations.
Abandonner les accords de défense avec la France pour créer des formules de sécurité collective africaine
Interrogé par Ruth Tete à propos de la France, dont certains disent qu’elle est le problème en Côte d’Ivoire et non la solution, Gbagbo répond diplomatiquement mais clairement : « Nous sommes une ancienne colonie française. A l’aube des indépendances, la France a signé des accords de défense avec ses anciennes colonies, mais aussi des accords de coopération militaire. J’étais dans la droite ligne de ces accords quand j’ai demandé à Paris, en tant que chef d’Etat ivoirien, de nous aider à repousser les rebelles en 2002. Mais la France n’a jamais accepté notre requête. Mais l’année dernière, comme nous l’avons vu au Tchad et en République centrafricaine, la France a accepté d’intervenir en faveur de certains gouvernements dans la ligne de ces mêmes accords de défense et de coopération militaire. A vous de juger. Cela ne nécessite aucun commentaire. »
Mais Gbagbo ne s’arrête pas à la dénonciation de ce « deux poids deux mesures ». Le chemin initiatique qu’a été la crise ivoirienne lui a visiblement permis de faire des constats et d’imaginer des solutions.
« Je pense que les Africains ont trop peur d’être libres. Ils ont la capacité d’être libres mais ils ignorent leur potentiel. Chaque pays africain francophone, par exemple, a des accords de défense avec la métropole (France), alors que nous pouvons signer les mêmes accords entre nous-mêmes, nous pouvons mettre en place des mécanismes de résolution de conflit nous-mêmes. (…) La crise ivoirienne m’a révélé que les Africains se sous-estiment et n’ont pas confiance en eux. Le temps est venu pour les Africains d’avoir confiance en eux, de prendre leur destinée en main. Le temps est venu pour l’Afrique d’avoir des partenaires et non des maîtres. Et cela est possible ! »
Économie : comment l’Afrique peut se développer par elle-même Comment l’Afrique peut-elle sortir du piège qui fait d’elle uniquement une pourvoyeuse de matières premières pour les autres ? Gbagbo évoque des pistes de solution fondées sur la solidarité continentale .
« La Côte d’Ivoire est, par exemple, le premier producteur de cacao, mais nous contrôlons pas le marché du cacao. Ce n’est pas normal. Si l’Afrique introduisait une taxe sur la production de pétrole et de gaz pour créer un fonds de solidarité, nous pouvons réaliser beaucoup de grands projets. Mais les Africains préfèrent aller chercher de l’argent à la Banque mondiale et au FMI. Sur chaque baril de pétrole, nous pouvons mettre de côté 5 ou 10 dollars. Sur chaque tonne de cacao, café, sur le diamant, l’or, nous pouvons déduire des taxes pour créer une banque dédiée au développement de l’Afrique. Nous ne l’avons pas encore fait parce que nous n’avons pas confiance en nous, alors que dans les grandes institutions de financement dans le monde, ce sont les jeunes Africains qui sont à des postes de responsabilités. Ils sont bons pour gérer les fonds des autres mais quand vous leur demandez de mettre sur pied et de gérer un tel fonds pour les Africains, pour nous-mêmes, ils ne seront pas assez en confiance pour le faire. C’est la raison pour laquelle j’appelle les Africains à se réveiller . »
Le réveil de l’Afrique ? Dans dix ou quinze ans
Malgré ces constats, Gbagbo est visiblement assez optimiste pour le continent. Un continent qu’il voit en transition.
« Nous, Africains, souffrons aujourd’hui parce que nous sommes à la croisée des chemins. La première génération de leaders africains est sur la route de sortie. Ce sont les pères fondateurs des indépendances et leurs successeurs immédiats. Mais la nouvelle génération de leaders n’est pas encore totalement arrivée au pouvoir, et donc nous sommes à un carrefour. Cela explique pourquoi nous avons souvent des frictions entre nous. Mais donnez à l’Afrique dix ou quinze ans, et vous verrez qu’avec le temps, l’Afrique parle d’une seule voix harmonieuse. »
Gbagbo imagine même l’Afrique, dans un futur plus ou moins proche, dans un rôle de stabilisatrice d’un monde fragmenté par des conflits de tout genre. « Quand je regarde devant, je vois des dangereuses confrontations entre les Etats-Unis et la Chine. Pour le moment, il s’agit de problèmes commerciaux et j’espère que ces antagonismes resteront commerciaux. Mais j’ai peur que demain ils se transforment en quelque chose d’autre. Je crois que les Africains pourraient jouer un rôle stabilisateur dans le monde au lieu d’être relégués dans un rôle de colonies. Les Africains ne sont pas suffisamment conscients de l’importance de leur rôle dans le monde . »
Certains observateurs affirment que, s’il est réélu, le président Gbagbo se donnera les moyens d’avoir une voix diplomatique forte, dans la droite ligne de la renaissance africaine . Est-il déjà en train de préparer cette inflexion, après être passé par le feu d’une guerre qui a duré près de cinq ans ? Le débat est ouvert.
Source : Théophile Koumao, Le Courrier d’Abidjan
BOUFRIOUA
29 avril, 2007