ALGERIE : Le peuple immature

11 mai, 2007 | 987 Lectures | Ecrire un commentaire

«N’applaudissez pas sur les joues d’autrui».
V. Hugo

Tous les ingrédients pour faire durer une forme d’immobilisme, de mécanismes générateurs d’archaïsmes «bêtabloquants» et surtout la reproduction de consensus et d’un unanimisme de façade ont été mis en synergie durant la caricature d’une campagne électorale. Dans une ambiance qui échappe à toute comparaison avec celles que vivent les véritables démocraties qui encouragent les débats contradictoires, les émissions politiques par dizaines, l’implication des catégories sociales, des jeunes, des écolos, des femmes, des élites, des penseurs, le face-à-face, d’éminents juristes, des étudiants, des associations de chômeurs, l’Algérie ne va pas à une élection.

Le pouvoir organise, contrôle, sélectionne les candidats et annonce les résultats. Au pouvoir et dans l’apposition, on construit une architecture déterminante quant au caractère, à la propreté, à la légalité, à la légitimité de tous les candidats, partisans ou «indépendants». Le consensus en question se réalise parce que «le peuple n’a pas la maturité», pas encore octroyée pour accéder à la responsabilité.

L’accord non écrit, illégal pourtant, entre tous concerne l’argent, le financement des élections législatives du 17 mai prochain. Le chiffre publié porte sur plus de cinq milliards de dinars qui seront répartis dans une absolue opacité. Avec le consentement des républicains, des démocrates, des conservateurs, des modernistes, des islamistes, des sectes qui disparaissent et reviennent le temps d’encaisser le prix de leur prestation à la TV qui s’ouvre pour alimenter un défilé tellement lugubre et confus que personne ne sait qui est qui, et à quoi renvoient des sigles de «souteneurs», de «souteneurs un peu critiques», de plaisantins sortis de l’anonymat pour simuler des combats titanesques. Toutes cette agitation qui laisse de marbre des élites scotchées devant les duels Sarko-Ségolène, Bush et son opposition sur l’Irak, devant un million de musulmans qui défilent en Turquie pour que le pays reste laïc, comme le stipule la Constitution, et qui récusent un candidat à la magistrature suprême.

Il faut le dire et le redire, le patriotisme fait grandement défaut à des partis, à des notabilités qui semblent vouloir «punir» l’Algérie et les Algériens.

De nombreux pays avancent avec audace vers la démocratie, l’Etat de droit, l’indépendance de la justice, l’ouverture médiatique, les libertés, la neutralité de l’administration, donc de l’Etat lui-même, l’émergence de jeunes élites, etc. La Chine voit sa recherche scientifique adoubée par les plus prestigieuses universités du monde. La modeste Mauritanie se démocratise et Poutine refuse un autre mandat qu’il peut remporter haut la main. Des industries culturelles et touristiques fleurissent au Maroc et en Tunisie. En Israël, le pluralisme et la liberté d’expression sont protégés et défendus par les gouvernants, par la société civile divisée quant à la cause palestinienne. En Algérie, le contrôle judiciaire et l’empêchement de quitter le territoire national sont devenus la norme. La rocambolesque comédie orchestrée autour de Arezki Aït Larbi, correspondant du Figaro à Alger, dont le dossier apparaît, disparaît et revient à la surface donne une image révoltante d’une justice et d’une gouvernance qui naviguent à vue par un temps de brouillard, faisant de nous la risée d’étudiants en droit de première année.

Ces problématiques et tellement d’autres sont farouchement occultées par les futurs députés, dont certains manipulent des sachets bourrés de billets de banque pour acheter et vendre des parrains et des tuteurs. Les bidonvilles poussent comme des champignons, l’hygiène dans les lieux publics, dans les écoles et les lycées est une désolation. Les transports publics ressemblent à des décharges nauséabondes et les candidats n’ont d’yeux que pour un salaire et une retraite haut de gamme. Le tableau est-il noirci et le trait forcé ? Toutes les réponses sont données dans les quartiers délaissés où les enfants pataugent dans la boue après une pluie pourtant prévisible, par les coupures d’eau et d’électricité, par la saleté des marchés non couverts, au sol de terre battue et qui sont de vrais labyrinthes. Qui empêche les futurs députés d’aller eux-mêmes vérifier ce qui est décrit plus haut, d’attendre comme les gens et prendre un bus, public ou privé, et constater les souffrances des usagers ? Qui les empêche de faire du militantisme de proximité au lieu et place de réunions dans des espaces offerts gratuitement par l’administration ? Ils ne le font pas car ils savent que cela se passe ailleurs, et pas là où l’on proclame «a voté». Parce qu’ils sont persuadés que le peuple est immature, débile. Des candidats et leurs chefs énoncent d’un air docte et très pénétré: «Il faut que», «il est nécessaire de», «nous sommes pour la liberté de la presse et l’ouverture médiatique», etc. Mais les Algériens savent que l’APN ne propose aucune loi et attend les directives de l’exécutif. Alors, il serait utile d’avoir exactement le nombre de ceux pour lesquels on dira «a voté».

Mais comment voter lorsque M. Boudjerra Soltani, partie prenante du programme présidentiel, tire à boulets rouges sur le FLN et le RND pour lesquels il n’a pas de mots assez durs, en termes politiques ? Se démarquant brutalement et clairement des bilans cumulés de MM. Belkhadem et Ouyahia, il décline à tous les niveaux les échecs des gouvernements successifs. Les divisions éclatent donc au grand jour, confortant le courant de l’abstention qui traverse une société et un pays désarticulés, sans cap lisible et visible. Encore une crise feutrée mais annoncée. Elle durera aussi longtemps que le peuple sera considéré immature.
Abdou B.


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3 commentaires

  1. Vous avez choisie de vivre en France fait le en silence car l’algerie avance Belle est bien sans vous mr Le franco-algérien ?

    merouani

  2. Je trouve votre article fort bien écrit et souvent pertinent. Mais je pense qu’il y a des limites à l’autocritique. Nous, algérien quelque soit le lieu ou nous vivons avons tendance à perdre confiance ou espoir dans l’avenir de notre pays. Certes des problèmes existent et persistent depuis des années. Mais je pense que le plus grâve est qu’à force d’écrire des articles à charge et déséquilibrés, nous oublions les nombreuses qualités de notre peuple et de notre pays. Je pense essentiellement à la jeune génération qui en lisant de tels propos pourrait se décourager et ne plus croire en l’avenir. Je pense que le potentiel du peuple algérien est immense. Je le constate tous les ans, la vrai force réside dans les qualités de notre peuple et non dans nos riches sous-sol. Je pourrais vous remplir 200 pages en énumérant des success-story à l’algérienne mais il faudrait pour cela que je prenne le temps d’ouvrir mon blog …

    Salim Sa..

  3. aucun peuple sur terre n’arrive à la cheville de notre chere Algerie nous avons toujours tendance à nous sous éstimez nous algeriens et pourtant combien d’épreuves,de tragedie,
    les années noirs ,rien ne fait reculé l’Algerie quoi quand puisse faire ou dire lAlgérie est debout et elle le restera vive l’algerie et notre cher président bouteflika le 3juillet2007 AZIZI

    aziza

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