Contaminée, puis intoxiquée et enfin totalement « absorbée » par la montée de l’islamisme politique, la « cause palestinienne » s’est finalement conclue par une opération suicide de la Palestine contre elle-même. Parlant « d’éradicateurs » à propos du Fatah, un responsable du Hamas a presque validé hier, sur El jazeera, une grille de lecture qui a cours depuis une décennie pour expliquer le fait « arabe » et ses évolutions vers l’impasse. Pour nous les Algériens, le mot a une sinistre mémoire. Pour les Palestiniens, il inaugure une époque où leur « cause » sacralisée risque de disparaître derrière des guerres de tranchées idéologiques qui ont déjà eu cette vertu de gommer, au sein de l’opinion internationale, le cas irakien, le problème libanais et le reste des pays musulmans dont le drame et les violences ont été simplifiés par l’explication « islamiste » qui arrange tant l’Occident et ses interventionnismes légalisés. Que se passe-t-il donc aujourd’hui en Palestine ?


Le Hamas fonce tête baissée droit vers l’option d’un émirat à Gaza non viable, improbable et largement impossible là où le « l’Etat » de Abbas, se voit contraint de se ranger du côté de cette légalité internationale qui ne va pas sans le soutien de l’Occident, et donc de la décridibilisation qu’il apporte et des solutions cyniques qu’il propose. Aujourd’hui, la cause palestinienne, déjà desservie par un long folklore de soutien arabe inopérant, bloquée dans la situation d’un demi-Etat en attente, cerné de tout part par un Israël revitalisé après les attentats du 11 septembre et réduit à la caricature d’une violence barbare par la machine médiatique internationale, investie par le Ben Ladenisme qui en tente la récupération, n’émeut plus la rue arabe et n’est plus vécu que comme un malaise et une illustration de la « malédiction » du politique. Ce qu’il en reste après ce coup d’Etat, là où l’Etat n’est pas même né, c’est un cas de figure de mathématique absurde avec un gouvernement islamiste né de la démocratie que nous veut l’Occident mais que l’Occident refuse lorsqu’elle élit des islamistes, un problème insoluble pour des Etat arabes qui ne peuvent pas noyer le Hamas sans noyer, avec, la cause palestinienne ni soutenir efficacement la Palestine sans scier la branche du tutorat occidental qui leur sert de légitimité face à leurs populations, et enfin, le cas de figure d’une scène politique indésirable qui offre à voir à leurs peuples la victoire des islamistes sur des « régimes » locaux et l’exemple d’une prise de pouvoir par les urnes et par la force. Le tout mis sous tension par l’embargo alimentaire des Palestiniens, le manque de perspectives politiques, l’impossibilité de toute solution qui ne soit pas humiliante.

Qu’est donc la Palestine aujourd’hui ? Pas une « cause » mais surtout un « effet ». Une branche morte de la politique US, un chef d’oeuvre des stratégies israéliennes d’occupation des terres et des esprits, un enfant indésirable des nationalismes arabes. La Palestine est aujourd’hui surtout un autre Irak qui fonce vers ses propres extrêmes avec les mêmes chapelles et les mêmes discours : d’un côté des islamistes suicidaires ou « suicidant », des « légalistes » impuissants, domestiqués ou obligés de se faire client de l’Occident, une population désespérée qui paye pour avoir « mal voté ». Loin de ce pays qui n’existe pas, c’est le spectacle réduit d’une irakisation de tout le monde arabe et musulman qui s’offre à voir et le destin miniaturisé de ces peuples de la périphérie de l’Empire qui s’illustre par des morts. Car, pour avoir été longtemps une cause commune, la Palestine est, aujourd’hui, une scène d’avant-garde du sinistre de tous : une scène où l’on retrouve rangés dans le désordre l’islamiste dans l’impasse, l’Etat dans la servilité, les morts dans la rue, les Américains, les Israéliens, l’islam confessionalisé, Ben Laden, les soutiens téléphoniques de l’Occident et l’attente de l’émiettement. Après Saddam et Arafat, il ne reste plus que Gaza contre la Cisjordanie, El Anbar contre Kerbala, Nahr El Bared contre Beyrouth, etc…

Kamel Daoud


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2 commentaires

  1. […] Le Blog de Kamel Chibout - RND » Blog Archive » Attentat-suicide de la Palestine […]

    Kamel Chibout : Contaminée, puis intoxiquée et enfin totalement « absorbée » par la montée de l’islamisme politique, la « cause palestinienne » s’est finalement conclue par une opération suicide de la Palestine contre elle-même | Page 2007 -

  2. Sans qu’on s’en rende compte ,nous même on est devenu des victimes intoxiqués par la pensée crimrinelle imperialo-sionistes dominant cette planète.C’est une grande supercherie:quand c’est Israél qui instaure un Etat théocratique raciste personne ne pipe môt quand c’est des palestiniens on crit au loup!! Basta!!!!
    Islamisme cela ne veut absolument rien dire.On essaye de nous duper,il faut se reveiller.

    Ait Hamza

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