Algérie : Enjeux de pouvoir au sein du Pouvoir
05 septembre, 2007 | 318 Lectures | Ecrire un commentaireQuand bien même que ce qui est appelé terrorisme a échoué dans la mission qui consiste à faire s’effondrer l’Etat, il n’en demeure pas moins que la «sortie» (inattendue?) de Ali Benhadj, combinée à la nature et à l’objet de l’affrontement entre Belkhadem et Ouyahia, peuvent constituer la source de «re-vivification» du terrorisme. Considérons ces deux derniers cas. Ali Benhadj est en position permanente de veille stratégique. Il guette les moindres opportunités pour démentir, ou plutôt mettre en faux la Charte dans la disposition qui désigne un seul camp de responsabilité de la tragédie. Pourquoi n’oserait-il pas, d’abord pour démontrer qu’il reste fidèle à ses convictions, ensuite parce qu’il penserait que la conjoncture est favorable à une tentative de sortie de crise sur la base d’une reconnaissance, qu’il y avait deux camps en conflit.
Ali Benhadj veut aussi tirer des dividendes politiques du fait qu’il est le seul à aller aussi loin dans la dénonciation. Plus il élève le niveau de nocivité de ses dénonciations et plus il cible haut, plus il est reconnu comme leader par les groupes armés, les islamistes radicaux, ceux qui ne sont pas islamistes mais des opposants hostiles au Pouvoir, et évidemment par les anciens et (nouveaux supporters?) de l’ex-FIS. Plus il est insulté pour de telles dénonciations et plus, là également, il voit se renforcer son aura dans le camp de l’opposition radicale. En progressant par une escalade dans les défis, Ali Benhadj escompte que le pouvoir s’impose des limites aux réponses qu’il pourra apporter, faisant ainsi monter en puissance sa crédibilité et descendre celle du Pouvoir.
Il escompte également faire naître des contradictions au sein de l’armée en opposant ceux qui, n’ayant pas eu d’attribution de pouvoir, estimeraient que la seule façon de voir cette violence s’éteindre d’elle-même est de sacrifier ceux qui en avaient eu pour être l’autre partie au conflit. Quant au conflit ouvert entre le Chef du gouvernement et son prédécesseur, il démontre qu’il n y a pas de cohérence, ni de solidarité, ni même de vision partagée au sommet du Pouvoir, et que ce sont ces divisions, ou plutôt des affrontements internes, qui sont responsables de la mise en péril de la sécurité nationale, car c’est bien cette dernière qui devait «prendre un coup» avec l’ampleur de la violence telle que celle-ci se manifestait. De là à considérer que les enjeux de sécurité et même de stabilité politique ne se définissent pas du tout par les problèmes des mutations articulées autour des aspirations à la modernité ou aux intégrismes, mais fondamentalement par des luttes internes au sein du Pouvoir et autour d’enjeux… de pouvoir, il n’y a qu’un pas qui sera fatalement franchi.
Bachir Medjahed
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