L’attentat de Dellys, une journée seulement après celui de Batna, impose déjà des débuts de conclusions. Elles seront hâtives, partielles et orientées, mais elles seront là pour l’opinion nationale et internationale. Selon la répartition des chapelles idéologiques, certains y verront l’échec de la politique de réconciliation, d’autres un camouflet régional à la politique algérienne face à une meilleure gestion de l’islamisme comme le fit le Maroc avec l’échec de ses islamistes aux dernières élections dans ce pays, d’autres enfin, y prédiront un nouveau cycle de violence ouvert en Algérie par des groupes d’El-Qaïda en concurrence pour le «titre» du meilleur massacre de célébration du 11 septembre inaugural.


La gamme des interprétations étant large, il est possible, donc, de soutenir chacune de ces lectures et d’en défendre celle qui accompagne le mieux ses visées politiques propres. Tout ce qui pourra être dit l’a déjà été plusieurs fois et avec les mêmes doses de contradictions car ceux qui soutiennent que la Réconciliation a été un échec ne peuvent pas soutenir que le terrorisme a déjà décroché des victoires, mais ceux qui soutiennent qu’il s’agit de quelques groupes «résiduels» ne peuvent pas, non plus, affirmer que cela va s’arrêter avec des appels au repentir et à des marches de condamnation.

Le kamikaze de Batna a été identifié par un pseudonyme qui le rend encore plus anonyme: Abou Mokdad, un jeune Algérien de 28 ans. C’est-à-dire un Algérien qui avait 10 ans à l’époque de la gloire du FIS et un peu plus à l’époque des massacres du GIA. C’est-à-dire plus un enfant du couple Bush-Ben Laden que de celui Abassi-Benhadj. Son acte, il l’a voulu plus proche de l’anniversaire du 11 septembre que de janvier 92. Son crime n’est pas une réponse à l’interruption du processus électoral de l’époque, mais un contrat local dans un plus vaste appel à la «guerre sainte» mondiale. Ce terroriste est déjà si peu «algérien» pour être intéressé par l’offre de repentir et de paix locale et trop sensible aux dernières vidéos de Ben Laden pour être touché par les derniers propos de Abassi à partir du Qatar. Les crises économiques et les bidonvilles de son pays peuvent expliquer sa naissance mais pas la façon qu’il a choisie de mourir en tuant. C’est dire qu’on n’est plus à l’époque d’une crise nationale exclusive des autres évidences et déjà plus dans le couple dépassé de la réconciliation-éradication à l’algérienne. Les «fabricants» de Abou Mokdad ne demandent rien, ils sous-traitent un agenda de tueries et des services de propagande par le massacre.

Kamel Daoud


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