Algérie : Le temps des doutes

11 novembre, 2007 | 546 Lectures | Ecrire un commentaire

Cette semaine, le 1er novembre s’est rappelé à notre mémoire. Fatalement. Quand bien même ils le voudraient, il leur est impossible de faire l’impasse sur une date du calendrier. Car force est de souligner que le 1er novembre, date anniversaire du déclenchement de la Guerre de Libération n’est plus ce qu’il était. Le faste qui l’entourait n’est plus de mise. Aujourd’hui, on se limite au strict minimum : une cérémonie de présentation de vœux organisée par la Présidence, un dépôt de gerbe de fleurs pour se recueillir à la mémoire des Martyrs et quelques rarissimes manifestations ici et là à travers le territoire national. Un point c’est tout. Pourtant, ce sont ces mêmes organisateurs qui reprochent aux jeunes leur manque de patriotisme et le peu d’amour qu’ils portent à leur pays. On reproche aux kamikazes et aux harraga de détruire leurs pays pour les premiers, de le fuir pour les seconds, sacrifiant pour ce faire leur vie, alors que ceux qui ont le pouvoir de faire de cet anniversaire un évènement majeur et marquant de la vie du pays font tout pour le banaliser. Pour anéantir sa symbolique. Pourquoi ? Pourquoi cette date phare de l’histoire du pays est-elle banalisée au point où l’on donne l’impression, aujourd’hui, 53 ans après, qu’elle dérange ? Voire qu’elle complexe ?


Pour en arriver à ce stade, il faudrait assurément avoir des choses à se reprocher. Est-ce le cas ? Pourtant, c’est un fait indéniable que la génération post-Indépendance a été privée d’un pan entier de l’histoire de son pays. L’histoire de la Guerre de Libération a été travestie, manipulée et instrumentalisée à dessein. La cause ? Son écriture, qui aurait dû revenir aux seuls historiens, a été récupérée par les politiques. A telle enseigne qu’elle est devenue une affaire personnelle. En fait, on s’est approprié l’histoire, livrant quelques pages et gardant d’autres au secret. Des moudjahidine ont été glorifiés. Le nom d’autres a été banni et leur parcours complètement ignoré.

C’est ainsi qu’en 1992, la majorité des Algériens découvrent l’existence d’un historique dont le nom avait été, trente ans durant, effacé volontairement de tous les manuels d’histoire. Il s’agit de Mohamed Boudiaf. Cet exemple est édifiant quant à la mentalité qui a prévalu parmi les décideurs du pays. On a raconté l’Histoire qu’on a voulu. Les écrivains en charge de son écriture n’avaient pas le droit de raconter la Guerre de Libération comme elle a eu lieu, avec ses héros et ses traîtres, ses actes de bravoure et ses trahisons qui ne manquent pas de jalonner toute guerre qui se déclenche dans le monde. On a raconté une Guerre de Libération qui tenait compte des intérêts des hommes forts du moment. Pour ainsi dire, avons eu droit à une histoire sur mesure. Et pour cet escamotage délibéré de faits historiques, tous sont aujourd’hui comptables. Car ceux qui savaient ont pris le parti de se taire.

C’est pourquoi aujourd’hui, devant cette jeunesse totalement perdue car n’ayant presque aucun repère, il est difficile de faire croire que la responsabilité d’une telle situation incombe aux jeunes. Dès lors, comment peut-on en toute honnêteté s’en prendre à elle ? Si un reproche doit lui être fait pour son manque de patriotisme, il doit d’abord être fait en direction de ceux qui, depuis l’Indépendance, ont gouverné ce pays. La suite réservée à l’affaire des magistrats faussaires est révélatrice d’une réalité que l’on veut taire. Et pour cause, cela équivaudrait à ouvrir la boîte de Pandore. Les jeunes, eux, l’on compris depuis longtemps ; ils savent que le changement et la vérité sur ce pan particulier de l’histoire du pays à laquelle ils ont droit ne leur sera jamais divulguée. Et c’est bien dommage car le préjudice est plus grave que l’on ne pourra jamais l’imaginer. Les phénomènes kamikazes et harraga en sont un petit aperçu. Et dire qu’on focalise sur le «crime» perpétré par des fonctionnaires qui ont amputé, délibérément est-il affirmé, l’hymne national de la strophe évoquant la France. Ses auteurs seront poursuivis en justice. Et ils seront condamnés, bien qu’ils se défendent de l’accusation qui leur est portée en affirmant qu’ils ont travaillé conformément aux instructions de M. Benbouzid. Mais encore une fois on livre à la vindicte populaire des fonctionnaires, oubliant que pour réhabiliter l’hymne national, il faudrait surtout condamner ceux qui sont à la source du crime. Qu’ils soient qualifiés du vocable de hizb frança ou d’un autre. Car il ne faut pas se leurrer, les nostalgiques d’une Algérie recolonisée ne désespèrent pas d’un retour de la France. Et pour ce faire, il faut effacer toute trace des atrocités commises au nom de la puissance coloniale. Il faut aussi préparer les mentalités en anéantissant tout patriotisme susceptible d’entraver le cours des évènements.

Mais c’était compter sans la presse qui ne manque pas, à chaque fois, de s’ériger en obstacle assez sérieux pour les obliger à faire marche arrière. Le cas de la strophe de Kassamen est assez significatif. Mais il augure aussi de l’âpreté des batailles à venir. Et toutes auront pour arène l’école. Car toute politique de déculturation et d’aliénation d’une société commence à la base. Dans ce cas de figure, terrorisme et révisionnisme se rejoignent. Tous deux ont pour objectif de s’attaquer au maillon faible du pays, les enfants.

Après les enfants kamikazes, les enfants harraga, que nous réserve l’avenir, sachant que d’ores et déjà la bataille économique est perdue ?

Nadia Kerraz


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1 commentaire

  1. Bon , je vais vous aider a faire bouger le débat : les guerres de libération sont terminées depuis belle lurette et il est temps pour vous de penser a l’avenir et ne pas rester figé sur les morts et les rancoeurs contre les français .

    On ne vas pas parler du million de martyrs a tout les sauces , tout le temps et a tout bout de champ empéchant ainsi toute évolution et toute perspective d’avenir .

    RACHID

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