Le RND se repositionne

19 avril, 2008 | 227 Lectures | Ecrire un commentaire

Ouyahia, la mission du Président et la révision constitutionnelle

L’ancien chef du gouvernement est revenu dans les bonnes grâces du Président. L’événement n’a rien d’anodin, il est perçu comme un indice fort des choix politiques à venir.

La mission confiée récemment au secrétaire général du Rassemblement national démocratique, Ahmed Ouyahia, par le président de la République, pour le représenter personnellement au somment Indes-Afrique, soulève bien des interrogations. D’aucuns se demandent quelles raisons ont motivé la décision du chef de l’Etat. Pourtant, Abdelaziz Bouteflika a eu déjà à déléguer des personnalités nationales pour le représenter dans des manifestations internationales ; il a bien confié de pareilles missions à l’ancien chef du gouvernement, Belaïd Abdeslam, et au premier chef de l’Etat algérien après l’Indépendance, Ahmed Ben Bella.


Mais c’est la première fois que le président de la République fait appel à un chef de parti politique pour une tâche diplomatique. Ouyahia était bien à la tête d’une délégation officielle alors qu’il a été démis de ses fonctions de chef du gouvernement il y a deux ans. L’explication ? Pas facile à trouver ! Il est clair qu’en apparence, la réponse à cette question est évidente : l’ancien chef du gouvernement revient, sans aucun doute, dans les grâces du président de la République. Pourquoi ? Nul ne peut se targuer de le savoir. Mais les analystes, à la lumière de l’évolution de la situation politique du pays, y voient un lien direct avec le projet de révision constitutionnelle et le troisième mandat de Abdelaziz Bouteflika. Ils diront, en effet, qu’un tel rapprochement ne pourrait être que le résultat d’un compromis au sommet de la pyramide de l’Etat sur les choix stratégiques liés à l’élection présidentielle de 2009. Il y a même, parmi les observateurs, ceux qui sont allés jusqu’à dire que le secrétaire général du RND serait le titulaire du poste de vice-président dans la nouvelle configuration constitutionnelle. Qu’il est difficile d’avancer ce type d’hypothèses tant que le chef de l’Etat ne s’est prononcé encore ni sur la révision de la loi fondamentale du pays ni sur ses réelles intentions de briguer un troisième mandat.

L’on pourrait cependant trouver quelques bribes de réponses à toutes ces interrogations dans l’évolution des affaires internes et les positions du RND. En décembre dernier, lorsque le secrétaire général du FLN, Abdelaziz Belkhadem, tentait, en appelant à une réunion des responsables des partis de l’alliance présidentielle, d’arracher une déclaration de soutien à la révision de la Constitution pour prendre à témoin l’opinion internationale, le RND avait dit non. Il n’était pas le seul, le Mouvement de la société pour la paix aussi. Ahmed Ouyahia, qui a eu l’occasion d’éclaircir la position de son parti, a affirmé, lors du forum hebdomadaire de l’ENTV, qu’«il faut d’abord respecter la Constitution actuelle» et qu’il n’«avait pas le droit d’inviter le président de la République à se présenter pour un troisième mandat». Aussi, il avait, en faisant allusion au FLN, qualifié le projet de révision de la première loi du pays de «superstition». L’ancien chef du gouvernement, auquel on n’arrêtait pas de prêter des ambitions présidentielles, avait jeté, alors, un pavé dans la mare même s’il a toujours redit qu’il ne se présenterait jamais contre le président de la République. Sa sortie médiatique avait étonné plus d’un. Car la logique aurait voulu qu’en tant que partenaire dans l’alliance présidentielle, son soutien à la révision de la Constitution et la reconduite de Bouteflika à la tête de l’Etat n’était qu’une simple formalité. Ce n’était pas le cas. Ouyahia a même agrémenté sa position par quelques piques à l’adresse de l’actuel chef de l’Exécutif en critiquant son bilan et sa manière de gérer les affaires économiques du pays. Tout le monde l’aura compris : le projet de révision constitutionnelle n’était pas aussi évident que le laissait entendre Abdelaziz Belkhadem.

Après la tempête, le beau temps

Mais depuis décembre, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. Au moment où le secrétaire général du RND jouait la légalité, des membres influents du parti clamaient publiquement leur soutien au projet défendu par le FLN depuis plus de deux ans. Tour à tour, le président du Conseil de la nation et ancien premier responsable du RND, Abdelkader Bensalah, les secrétaires généraux de l’UNFA et de l’ONM, d’obédience rndiste, affichaient leur désaccord avec le patron. La situation interne du Rassemblement était si intenable avec cette cascade d’actes de «rébellion» que l’ancien chef du gouvernement a fini par céder en rectifiant officiellement la position du RND vis-à-vis du projet de révision constitutionnelle et du troisième mandat en faveur de Abdelaziz Bouteflika. L’annonce a été faite à l’occasion de l’installation, à la fin du mois de janvier dernier, de la commission nationale de préparation du troisième congrès du parti. Pour certains, le revirement d’Ahmed Ouyahia, qui affirmait qu’il ne pouvait s’exprimer sur le projet de révision de la Constitution alors que le concerné lui-même (le chef de l’Etat) ne l’avait pas encore annoncé, ne constituait aucunement une surprise. Mais pour d’autres, ce repositionnement n’a rien d’anodin.

Les raisons, spécule-t-on, sont à chercher du côté de la cuisine interne du RND qui s’apprête à tenir les troisièmes assises de son histoire. Le président du Sénat et les responsables des organisations de masse ont-ils forcé la main au secrétaire général du parti ? La question mérite d’être posée. Mais personne ne peut se prononcer, aujourd’hui, sur le poids des uns et des autres sur les grandes décisions prises par la direction du RND. En apparence, c’est l’ancien chef du gouvernement qui tient seul le gouvernail. Le RND ne vit, toutefois, pas dans un milieu clos ! Et ses positions sont forcément tributaires de l’évolution de la situation politique du pays. Etre un incorrigible «commis de l’Etat», un sobriquet qu’il aime tant à exhiber comme un trophée, n’est certainement pas sourd au «consensus» qui se dégage pour asseoir, dit-on, «la stabilité politique des institutions et assurer la continuité aux efforts de développement consentis par l’Etat». C’est pour cette raison, peut-être, que le secrétaire général du RND est perçu, par les observateurs, comme un important indice qui renseigne sur la fragilité ou la solidité des consensus qui se dégagent en haut lieu. Et le fait qu’il soit désigné par le chef de l’Etat à la tête d’une mission diplomatique renforce ces hypothèses, qui sont loin d’être une simple vue d’esprit.

Après toute cette succession d’événements, les positions d’Ahmed Ouyahia n’ont jamais été aussi confortées au sein de sa formation. D’ailleurs, à moins de trois mois de la tenue du troisième congrès du RND, aucune voix n’est venue lui contester sa suprématie à la tête du parti ; il est même pressenti pour un autre mandat. Et cela aussi n’est pas fortuit ou le fruit du hasard, tout semble être réglé comme du papier à musique. Les quelques remous qu’a eu à vivre le RND au début de l’année se sont vite estompés pour laisser place à une grande sérénité.

Mohamed Gacem


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