Le Choc : Les émeutes qui se sont produites en 2007 à Villiers-le-Bel ont témoigné d’une montée de la violence dans les quartiers. Les incidents sont restés circonscrits à cette banlieue et le gouvernement a pu rétablir l’ordre grâce à un déploiement de forces de police considérable. On peut pourtant se demander ce qui se serait passé si l’ensemble des banlieues avait suivi le mouvement, comme en 2005. Cette situation peut se reproduire. Est-il possible de casser cet engrenage de la violence dans les quartiers et d’y désamorcer le risque d’explosion ?


Rachid Kaci : Effectivement, s’il y avait eu une extension des émeutes, on aurait pris un tournant critique, dans la mesure où les forces de l’ordre ont essuyé des tirs d’armes à feu. Pour gérer une telle situation, il aurait presque fallu appeler l’armée ! Il y a donc un potentiel et un risque énorme, comme on l’a vérifié lorsque des policiers ont été attirés dans un guet-apens à Grigny tout récemment. Nous sommes donc confrontés à une situation critique et à un niveau de violence qui est monté d’un cran. Il existe une possibilité d’embrasement généralisé, qui pourrait être la prochaine étape : il peut suffire d’une étincelle au mauvais moment pour générer un mouvement comparable à celui de 2005, avec un degré de violence plus élevé : on ne se contente plus de brûler des voitures, on veut se faire du flic. Le moyen d’éviter une telle situation, c’est de se montrer extrêmement sévère à l’égard des émeutiers qui ont tiré sur les policiers ; et de mener parallèlement une politique d’accès à l’emploi, en revoyant notamment notre code du travail qui plombent le marché, pour éviter que les habitants de ces quartiers ne soit poussés au désespoir par la situation générale qui y prévaut : chômage, échec scolaire, trafic de drogue, insécurité, communautarisme, etc.

Concernant la politique de la ville, vous avez estimé que l’on avait dilapidé beaucoup d’argent. Comment ? Et que peut changer le plan Amara ?

On a dilapidé énormément d’argent depuis trente ans en prodiguant des subventions à une foule d’associations qui ne pèsent pas grand chose dans les quartiers. Ça permettait de se donner bonne conscience, mais le résultat est plus que contestable. On a aussi beaucoup dépensé pour rénover des bâtiments qu’il aurait plutôt fallu raser. Il aurait mieux valu investir dans l’humain, c’est-à-dire dans la formation, dans l’école, dans l’emploi ; malheureusement, on ne l’a pas fait. En général, je ne crois pas que les plans venus « d’en haut » aient un impact considérable, mais celui de Fadela Amara, rompant avec la logique qui a prévalu au cours de la dernière décennie, a au moins le mérite de tourner le dos au misérabilisme, à la « victimisation » et à l’assistanat. Il est essentiellement axé sur les questions d’emploi, de formation, d’école de la deuxième chance, etc. Il faudra juger de ses résultats sur le long terme. En tout cas, je ne crois pas que ce soit en déversant du fric sur les banlieues que l’on changera quoi que ce soit.

Vous critiquez depuis longtemps l’attitude des associations dans les quartiers. Quelle politique faudrait-il appliquer à leur égard ?

Pendant des années, l’Etat a arrosé sans aucun contrôle des associations généralement tenues par des sortes de « parrains », qui faisaient pression sur les pouvoirs publics et les municipalités en disant : « Donnez-nous de l’argent ou on va tout casser ». Dès qu’une association reçoit un euro de subvention, il faut l’évaluer et demander des comptes à ses dirigeants, en responsabilisant ceux qui auraient démontré leur incapacité en utilisant de l’argent public sans obtenir de résultats concrets – auquel cas il faut couper les subsides – et en punissant ceux qui se seraient rendus coupables de détournements de fonds. On peut tolérer l’incompétence, pas la malhonnêteté de personnes qui montent des structures dans le seul but de se salarier, eux, leurs femmes et leurs amis.

Vous souhaitez donner aux habitant de ces quartiers les moyens de s’en sortir par eux-mêmes. De quels moyens s’agit-il ?

De l’école, d’abord. L’Etat doit investir sur les jeunes en mettant l’accent sur l’éducation, par exemple en permettant à ceux qui veulent quitter leur quartier de partir en internat. Il faut aussi changer de discours général, extirper des établissements scolaires les élèves qui posent problème. Il n’est pas tolérable que quelques perturbateurs plombent l’ambiance générale d’une école ou d’un collège. Il faut donc leur proposer d’autres solutions et permettre à ceux qui veulent s’en sortir de le faire dans de bonnes conditions. Mais il s’agit de restaurer une philosophie d’ensemble : il faut, par exemple, rétablir une distance entre le professeur, qui dispense un savoir, et l’élève, qui apprend. Si l’éducateur est le copain des élèves, s’habille comme eux et porte des piercings, la référence n’est plus adaptée et il n’y a pas de respect possible.

Le problème est aussi d’ordre culturel. La « victimisation » n’est pas seulement le fait des politiques, il suffit d’écouter les rappeurs pour le constater. Vous parlez de l’emploi, par exemple : comment peut-on espérer se faire embaucher par une entreprise quand on se pointe à l’entretien avec une dégaine de glandeur, en cagoule et survêtement, la casquette à l’envers?

L’Etat français ne doit plus tolérer les incitations à la haine de la France et de la société française, sous peine de fabriquer des hybrides, c’est-à-dire des gens sans aucune identité, qui, lorsqu’ils cherchent un boulot, s’expriment en verlan et s’habillent de n’importe quelle façon. Comment les chefs d’entreprise les embaucheraient-ils ? Pour valoriser, au contraire, l’identité française, le rôle de l’école est, ici aussi, fondamental. A cette fin, elle doit elle-même se réapproprier l’identité française, mettre l’accent sur l’apprentissage de la langue française et l’enseignement de l’histoire de France. Le pire des racismes, c’est celui qui consiste à dire : « vous êtes différents, donc on va vous respecter dans votre culture et dans votre langue d’origine ». C’est ainsi qu’on s’est complètement planté en proposant des cours d’arabe aux enfants originaires du Maghreb. Au contraire, en assurant les gamins de leur appartenance à la nation française, on leur donne les moyens de s’en sortir. Il ne s’agit pas de leur demander de renier leurs origines, mais de les amener à se sentir Français. On ne peut pas les enfermer dans une pseudo-identité « banlieues », construite sur le rap, l’insulte, la haine du flic, du blanc, de la société et de tout ce qui touche à la France. Il ne faut pas s’étonner, ensuite, qu’ils tirent sur les flics… Ce n’est pas une fatalité. Je connais des gens d’origine étrangère, qui ont grandi dans des quartiers bourgeois et qui ont une autre mentalité, une autre approche de la société dans laquelle ils vivent, parce qu’on ne les a pas enfermés dans cette « culture »-là. Il ne doit pas y avoir, d’un côté les enfants qui grandissent dans les beaux quartiers et auxquels il serait légitime de donner une éducation française, et de l’autre ceux des quartiers pauvres, qui ne seraient pas habiliter à la recevoir.


Je voudrais aborder le problème des aides et des prestations sociales. En Seine-Saint-Denis, selon une récente étude de Jean-Paul Gourévitch sur le coût de l’immigration, les RMIstes représentent 3,4 % de la population, contre 1,7 % pour l’ensemble de la France métropolitaine. Certaines personnes connaissent des situations difficiles, mais les glandeurs profitent aussi du système. L’assistanat ne se retourne-t-il pas contre les populations qui en bénéficient?

C’est évident. Dans notre société, il est possible de vivre à peu près dignement, sans travailler. Si celui qui bosse gagne seulement quelques dizaines d’euros de plus que celui qui ne fait rien, autant rester à la maison : il est plus confortable de se lever à midi pour regarder la télé, en sachant que les aides sociales tomberont en fin de mois sans vérification. Je suis favorable à ce que l’on revoit le système de ces prestations sociales, qui doivent être liées aux efforts que consentent leurs bénéficiaires. La solidarité doit évidemment continuer à fonctionner à l’égard des gens qui se trouvent réellement en difficulté, mais pour qu’elle fonctionne réellement, il ne faut pas qu’elle soit dévoyée, ni dénaturée. Il est nécessaire de réintroduire le goût de l’effort pour en finir avec la glandouille. L’Etat ne peut plus continuer à filer du pognon à des gens qui ne veulent pas travailler. Si on leur coupe les vivres, ils iront travailler, même en faisant la plonge dans un bar.


Si l’on met en parallèle la situation des banlieues avec le « désert français », les populations des campagnes ne sont pas plus aisées que celles des « quartiers ». Elles sont même plus défavorisées, puisqu’elles ne disposent pas d’un RER effectuant la liaison avec une métropole, mais tout juste d’un bus qui passe deux fois par jour et dans lequel les gens montent au lieu de l’incendier. Personne ne semble s’intéresser à leur sort. Faut-il brûler les bus pour être exister ?

Il y a autant de problèmes dans ces zones-là, mais on n’y pleurniche pas à longueur de temps. La société française, complexée par rapport à la question de l’immigration des Africains et des Maghrébins, ferme plus facilement les yeux sur le désespoir des populations et des jeunes de la Creuse ou des campagnes françaises, que sur la situation des banlieues des grandes villes. Il existe donc, d’une certaine façon, une discrimination à l’égard de ces populations blanches. C’est aussi du racisme, puisque l’on n’accorde pas la même attention au désespoir des jeunes de la Creuse, qui ne brûlent pas de voitures et ne tirent pas sur les policiers, qu’à celui des habitants de la Seine-Saint-Denis. On a d’ailleurs une fâcheuse tendance à croire qu’il n’y a plus que les beurs qui soient jeunes dans notre pays. Jeune égale beur ! Cela aussi, c’est aussi extrêmement méprisant et raciste.


Vous avez critiqué, dans vos livres, la discrimination positive. Portez-vous toujours le même regard sur ce sujet ?

Oui. Je continue de penser qu’il n’y a pas plus raciste que le concept de discrimination positive sur la base ethnique. J’admets la discrimination positive, mais sur une base sociale, afin que les personnes pauvres et méritantes, quelle que soit leur origine, puissent bénéficier d’un coup de pouce de l’Etat – c’est ce qu’on appelle la méritocratie républicaine. Si quelqu’un le mérite, aidons-le par exemple en lui accordant une bourse. Mais je ne vois pas pour quelle raison on aiderait particulièrement quelqu’un en se fondant, non pas sur le talent, mais sur sa couleur de peau ou son origine ethnique.


Le rapport Attali reprend à son compte le concept d’immigration de choix. Ne risque-t-on pas, en pompant les élites des pays d’origine, de relancer l’immigration clandestine ? N’y a-t-il pas là une contradiction avec la philosophie de l’Aide publique au développement, qui consiste justement à aider ces pays d’origine pour leur donner les moyens de garder leur population ?

Quand on parle d’immigration de choix, on ne parle pas forcément de l’élite : vous pouvez aussi faire venir des plombiers… Le risque que vous évoquez existe, mais de tels mouvements sont inévitables. Un Algérien compétent dans un domaine d’activité, s’il a le choix entre la France et l’Algérie, choisira de s’installer en France. De même, d’ailleurs, s’il a le choix entre les Etats-Unis ou le Canada et son propre pays, qui manque d’infrastructures et où il ne vivra pas aussi bien. En pratiquant l’immigration de choix, l’Etat français souhaite concurrencer les Etats-Unis et les autres pays occidentaux, et attirer les élites en France. Si nous ne pratiquons pas cette politique – qui, philosophiquement et éthiquement, n’est, en effet, pas complètement satisfaisante – nous risquons de recevoir tous ceux qui arrivent d’Afrique en « boat-people » et de laisser partir les meilleurs dans les autres pays.


Les immigrés clandestins viennent d’obtenir le droit de déférer leurs employeurs indélicats devant les tribunaux. D’un côté, cela peut dissuader les employeurs de faire appel à eux en espérant les exploiter. Mais d’autre part, s’agissant de « clandestins », la situation n’est-elle pas ubuesque ?

Cela revient à leur octroyer un statut juridique. Ils ne sont plus clandestins, puisqu’ils bénéficient aussi de l’Aide médicale d’Etat, par exemple. L’Etat doit montrer sa volonté de faire respecter la loi. Il est extraordinaire que des personnes qui sont rentrées en France clandestinement squattent des bâtiments, des églises, des trottoirs, manifestent dans la rue et défient l’Etat, sans qu’on les arrête ! La crédibilité de notre nation, celle de l’Etat, s’effondrent progressivement et il n’y a rien de pire pour saper le moral des Français. Sans sous-estimer la dimension humaine du problème, si la France n’est pas capable d’expulser, dans la dignité, les clandestins, elle ne sera pas respectée et l’on ne pourra pas appliquer une politique d’immigration choisie.


Vous vous êtes naguère montré critique à l’égard du Conseil français du culte musulman, auquel vous reprochiez lors de sa fondation de donner la clé de l’islam en France aux intégristes. Quel bilan en tirez-vous aujourd’hui ?

Le CFCM existe en tant que structure, mais il n’a aucune influence, n’est pas reconnu sur le terrain et il est le théâtre des conflits internes entre les tendances algérienne et marocaine. Ce n’est pas tant la propagation de l’intégrisme qui m’inquiète, que la propension d’une forte partie de la population française issue de l’immigration – je l’ai encore constaté lors de ma campagne électorale à Nanterre – à s’identifier à partir d’une appartenance religieuse, et non par rapport à la France. Les gens sont au chômage, n’ont aucune formation, aucune perspective d’avenir personnelle, et leur seule revendication concerne la construction d’une mosquée ! Cela ne signifie pas qu’ils soient intégristes, mais en dit long sur l’état d’esprit général. En maints endroits, les seules questions qu’ils posent portent sur la viande hallal, les repas à la cantine, etc. Certains élus ou candidats répondent à ces revendications : au lieu de promettre de créer des emplois, ils promettent de bâtir une mosquée ! Tout ça fait le terreau de l’intégrisme.


Pensez-vous qu’un financement public de la construction de mosquées puisse représenter une solution ?

Les gens doivent pouvoir pratiquer leur religion dans des conditions décentes, mais je ne suis pas favorable au financement du culte par l’Etat, ni à ce que l’on revienne sur la loi de 1905. Sans être totalement fermé à la solution avancée par Dalil Boubaker, qui propose une sorte de moratoire de la loi de 1905 pendant 10 ou 15 ans, je préfèrerais qu’une fondation, éventuellement alimentée par des aides en provenance de l’étranger mais libre de tout contrôle idéologique. En définitive, la loi de 1905 représente une protection pour toutes les religions, et en particulier pour l’islam. Elle peut fournir aux musulmans de France le cadre nécessaire à l’ouverture d’un débat de fonds sur leur pratique religieuse et même sur l’interprétation du Coran, parce qu’ici la religion n’est pas religion d’Etat, ce qui garantit une certaine liberté. Il est illusoire de vouloir créer un islam de France tant qu’on n’aura pas eu ce débat de fond. Il faut aussi cesser d’enfermer les immigrés musulmans dans leur identité religieuse, faute d’être capable de leur parler de la France, de son histoire et de sa culture, de son identité.


Comment définissez-vous cette identité nationale ?

L’identité nationale, c’est le concept de « Nos ancêtres les Gaulois » et le mythe qui s’est créé autour de cette affirmation. Il faut l’apprendre à tous les petits Français, quelles que soient leurs origines. La France n’est pas une addition de personnes qui ne savent ni d’où elles viennent, ni où elles vont et qui se réfugient de plus en plus dans le communautarisme. L’erreur consisterait à définir cette identité nationale en fonction des seules valeurs de la République – qui en font en effet partie. Nous sommes tous propriétaires, par exemple, de l’héritage chrétien de la France, que nous soyons juifs, musulmans, protestants catholiques ou même non-croyants. C’est autour de tout cela que l’on crée une nation. En revanche, si l’on ne réunit pas les Français autour de ces concepts, ce sera la fin de la nation française.

Source : Blog de la Droite Libre


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