Source : http://www.temoignagechretien.fr , par Jérôme Anciberro

Les élections au Conseil français du culte musulman (CFCM) confirment l’emprise du Maroc sur l’islam institutionnel en France.

Un islam de France « marocain »
Les responsables du ministère des Habous et des Affaires islamiques peuvent s’estimer satisfaits. L’islam de France est en passe de devenir officiellement « marocain ». Les 4 866 délégués des 1 042 mosquées et salles de prières de France qui élisaient le 8 juin leurs représentants aux CRCM et au CFCM ont en effet voté à 43,2 % pour le Rassemblement des musulmans de France (RMF), directement lié à l’État chérifien. Le prochain président du CFCM, que le bureau du Conseil désignera le 22 juin, sera donc vraisemblablement Mohamed Moussaoui, vice-président du RMF, professeur de mathématiques à Avignon (Rhône), qui remplacera ainsi Dalil Boubakeur, désigné à ce poste en 2003 et 2005 sous l’aimable mais ferme pression de l’État français, lequel – selon nos informations – se veut toujours laïque…


La Fédération de la Grande mosquée de Paris (FNGMP, dans l’orbite de l’État algérien), qui contestait le mode de scrutin basé sur une représentation des délégués au prorata de la surface des lieux de prière, n’a pas participé à ces élections. L’Union des organisations islamiques de France (UOIF), proche des Frères musulmans (donc sans tutelle étatique particulière), a obtenu quant à elle 30,2 % des voix et le Comité de coordinations des musulmans turcs de France (CCMTF, lié à l’État turc) 12,7 %. La Fédération des musulmans de France, ex-fédération « officielle » marocaine abandonnée par sa tutelle au profit du RMF, n’a atteint que 1,4 % des voix au niveau national. Le taux de participation au vote des délégués, en baisse de 5 % par rapport aux élections de 2005, s’est tout de même monté à plus de 80 %. La victoire des Marocains, qui étaient déjà arrivés en tête en 2003 et en 2005 sous l’étiquette de la FNMF, n’a rien d’une surprise.

La seule nouveauté – de taille – tient tout simplement à l’absence substantielle(1) de la FNGMP des instances du CFCM. Toute la question est de savoir si le CFCM va réussir dans ces conditions à perdurer dans son rôle officiel, à défaut d’être réel, de représentant du culte musulman en France auprès des autorités publiques. Car si la FNGMP est très loin d’être la voix de la majorité des musulmans de France, elle n’en demeure pas moins incontournable pour des raisons à la fois historiques (la Grande mosquée de Paris est la mosquée la plus ancienne construite en métropole), symboliques (l’islam policé de la Grande mosquée rassure) et diplomatiques (la GMP, c’est aussi l’Algérie).

Légitimité quasi nulle
On aura compris que la religion est ici devenue parfaitement anecdotique et que l’on nage en pleine politique. La légitimité du CFCM est par ailleurs devenue quasi nulle auprès des musulmans pratiquants qui vivent en France. Ces derniers, lorsqu’ils connaissent son existence, ne peuvent que constater sa fascinante inefficacité. Certains en appellent à son remplacement par une nouvelle instance. Les inimitiés personnelles et les luttes de pouvoir internes ont bloqué quasiment toute initiative commune. Tout se passe comme si les représentants des différentes fédérations avaient fait le pari d’illustrer à travers leurs stratégies les pires clichés néocoloniaux sur l’incurie des « zaïmillions » (chefaillons), selon une expression utilisée par l’historien Sadek Sellam(2).

Des clichés qui, en raison de la surexposition médiatique du CFCM, retombent fatalement sur les pratiquants d’une religion en quête de normalité sur le territoire français. En cinq ans, les deux questions essentielles du financement des lieux de culte musulman et de la mise en place d’un système efficace d’enseignement théologique de haut niveau n’ont ainsi pas avancé d’un pouce. La Fondation pour les œuvres de l’islam de France censée assurer la collecte des fonds pour financer la construction des lieux de culte est paralysée. Les petits instituts d’enseignement théologique islamique se multiplient, mais aucun pôle universitaire musulman digne de ce nom n’existe en France. Les différentes fédérations continuent de faire mine de vouloir développer toutes seules leurs propres réseaux de financement ou d’enseignement, sans pour autant en avoir les moyens. Marocain ou pas, le CFCM a encore tout à prouver.

(1) La FNGMP garde 3 sièges (sur 58) au conseil d’administration du CFCM en tant que membre fondateur.
(2) De l’arabe « zaïm » (grand chef).


Note de l'Article :
1 Etoile2 Etoiles3 Etoiles4 Etoiles5 Etoiles (3 votes, score: 1 sur 5)
Loading ... Loading ...

4 commentaires

  1. Et alors , avant c’était bien l’islam algérien qui dirigeait l’islam de France ???

    Il n’y a pas que vous au maghreb ; messieurs , il y aussi des tunisiens et des marocains .

    C’est une vision dictatoriale et non démocratique que vous avez des élections libres . Mr Moussaoui a gagné . Faites vous une raison .

    RACHID

  2. L’Islam ; c’est l’islam . Il n’y a pas d’islam algérien , marocain ou tunisien . Les musulmans doivent voter et élire un président . Une fois élu , les musulmans doivent s’entraider pour faire aboutir les projets du CFCM . C’est cela ; le role du CFCM et pas de faire de la politique politicienne .

    RACHID

  3. salem,quil soit marocains ou algeriens nous sommes tous des otages regardé se soir l’arabie celebre l’aid demain mardi et nous le mercredi et en france le cfcm que fait’elle? les arabes sessont mis daccord pour ne jamais se metre d’accord et le film continue bande de robsiteil en a marre de ses gens!cherif

    cherif

  4. dalil boubekeur ne peut pas diriger l’Islam en france du moment qu’il est laic,alors trève de balivernes messieurs ,les Marocains sont plus compétents é-la matière…ouste DALIL

    alkhatib

Ecrire un Commentaire