La question traverse chaque Algérien comme un fleuve incapable d’être tranquille : l’Algérie est-elle réparable? Y aura-t-il un moment de son histoire où le pays va, enfin, devenir un pays et pas seulement un pays par défaut? Et là, les Algériens ont chacun une réponse qui vaut ce que vaut la suivante.
Pour certains, l’Algérie sera réparable à partir du moment exact de la mort du dernier Algérien qui aura participé à la guerre de Libération et qui aura vécu assez longtemps, par la suite, pour la vider de son sens. Le lit de mort de ce bonhomme sera le lit d’accouchement de la vraie Algérie.

Le mal du pays venant d’une génération, la solution ne peut être que biologique, celle de la péremption. Il faut donc attendre, ce que certains ne peuvent pas faire pour raison de durée de vie trop courte: harraga, exilés légaux, mystiques internes, chiites dandy, opposants fiévreux.

Pour d’autres, l’Algérie n’est pas réparable par la biologie mais par le coup d’Etat. L’explication étant que même morte et enterrée, la génération qui a mangé ce pays vivant, va se perpétuer par des mécanismes de reproduction connus: sexuel ou mental ou par croisement entre «familles» au Pouvoir. L’enfant d’un requin ne pouvant être qu’un requin et pas une cigogne, il ne faut pas attendre que le temps fasse la femme de ménage mais s’y prendre soi-même. Comment? Personne ne sait. Certains cassent ce qu’ils peuvent, d’autres critiquent dans les cafés indigènes et les derniers exportent gratuitement leur scepticisme aux voisins comme aux lointains. Une sorte de population philosophique qui aime la révolution, mais aime encore plus la regarder puis en manger les fruits secs. D’où ce discours des opposants algériens, tous autant nobles, mais incapables de faire quelques jours de prison pour l’Algérie ou de recevoir quelques coups de matraque à sa place. Pour les derniers, enfin, l’Algérie n’est pas réparable: le mal est profond comme les puits de pétrole. Et plus on creuse, plus on en trouve. Que faut-il faire? «Rien ou seulement soupirer en essayant d’analyser les faits».

Exportant du pétrole uniquement et important tout ce qu’elle mange, voit, boit, touche, monte et porte, l’Algérie est absolument dépendante.

Le peuple est surveillé par des gérants indigènes qui sont surveillés par des fournisseurs occidentaux violents et stricts, capables de bombarder les usines locales et de tuer le premier qui invente une meilleure manière de produire de la pomme de terre ou d’assassiner le premier qui fabrique de l’insuline gratuite. Capables même de payer la moitié de ce peuple pour qu’elle tire sur l’autre moitié. Aucun moyen d’être indépendants donc ou de réparer l’Algérie de l’intérieur. Les fournisseurs étrangers sont capables de tuer les gérants locaux qui sont capables de tuer la moitié du peuple pour que rien ne change.

D’où le constat: l’Algérie est irréparable. Comme certains pays en voie de dissolution. Dans le cadre de la globalisation, il y a de ces géographies qui vont retourner, peu à peu, au statut de comptoirs commerciaux, jerricans régionaux ou simple parc de fixation pour populations inutiles. Un terrible devenir qui guette les gens comme nous, assis sur une terre comme celle-ci, ruminant une mauvaise herbe comme ce qui précède.

Kamel Daoud


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2 commentaires

  1. “Algérie est réparable” :il y a tous les ressources necessaire…. Il suffit d’une bonne gouvernance et une bonne Gestion, restant optimiste

    lotfi

  2. Tu oublis l’association des fils de moudjahidine … on est pas sorti de l’auberge

    djaafar

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