Algérie : Le RND à un tournant

24 juillet, 2008 | 432 Lectures | Ecrire un commentaire

«N’est-il pas honteux que les fanatiques aient
du zèle et que les sages n’en aient pas.»

Voltaire

Le départ de M. Belkhadem et le retour de M. Ouyahia ont été à juste raison analysés, décortiqués par de nombreux commentateurs et analystes dans la presse privée. Comme de bien entendu, la presse publique et les médias lourds ont pris la précaution habituelle de ne «pas se mêler de ce qui les regarde». En violant, sans aucune honte, leur cahier des charges, les obligations faites au service public, le strict respect de l’éthique professionnelle, ils ont préféré juste donner une information que n’importe quel citoyen lambda trouvait le lendemain dans les journaux privés, sur n’importe quel site internet et en écoutant n’importe quelle radio «étrangère» et pourtant nationale et internationale. C’est de l’auto-castration à l’état pur, le mépris de soi-même et celui des financiers des médias publics: les Algériens. Ces derniers n’ont besoin d’aucun commentaire, d’aucun débat public, de préférence en direct, pour se faire une idée, une opinion concernant le changement à la tête du gouvernement. Immatures et mineurs, les Algériens se rabattent sur la presse privée qui tire beaucoup et vend beaucoup. C’est une «constante» politique et commerciale. Et il suffit de questionner le buraliste.

Comment est-il possible qu’un système, qu’un gouvernement, qu’un pouvoir, qu’un régime (concept très différents l’un de l’autre), que des médias publics continuent à travailler comme si la parabole, l’internet, le fax, les voyages et les journaux privés n’existaient pas en Algérie en 2008 ? C’est le mystère insondable, le refus du réel, une parano suprême, la négation d’élites, d’une société, d’Algériens qui pensent, qui créent, qui contestent, en un mot qui existent en chair et en os. Incroyable, mais hélas, c’est vrai.

Le départ de M. Belkhadem, alors qu’une forte contestation anime le FLN, qui remet en cause la gestion et le personnel dirigeant le parti qui a mené une des plus sanglantes, des plus héroïques guerres de libération du XXe siècle. Un parti désormais célèbre par ses «coups d’Etat scientifiques» à répétition. A défaut de science infuse, il s’agirait plutôt de «science confuse», d’obéissance à des ordres que l’on ne discute pas. Ce qui donne du crédit et de la consistance aux thèses mises en avant pour que le «FLN, propriété de tous les Algériens, aille au musée», pour lui garder sa propreté originelle, sa charge symbolique puisqu’il n’a pas su fédérer après l’indépendance, les forces, les courants et les tendances qui ont fait sa force entre 1954 et 1962.

Avec le retour de M. Ouyahia, les clivages qui datent de l’arrêt du processus électoral qui a vu un coup d’arrêt donné à l’hégémonie de l’ex-FIS, qui a été agréé, pour ceux qui ont la mémoire courte ou sélective, par un ministre de l’Intérieur démocrate et républicain (voir le Journal officiel), après la décision d’une commission nationale «décideuse». L’amnésie, heureusement n’est pas équitablement répartie, surtout pour les observateurs qui ont de la mémoire et qui prennent quelques minutes pour consulter sur internet le Journal officiel.

Les penchants de M. Belkhadem pour un projet de société, pour un modèle de gouvernance, pour un système d’alliances entre le FLN et d’autres forces politiques relèvent du secret de Polichinelle. M. Bouteflika, les chefs de l’ANP et des services secrets, les partis de l’alliance et de l’opposition, les journaux privés qui comptent, les ambassades étrangères et leurs services, les gouvernements dans le monde entier ont analysé régulièrement les mutations algériennes. Celles-ci qu’elles soient politiques, idéologiques, militaires, économiques, sociales, culturelles, religieuses ou sécuritaires, sont scrutées à chaque minute. Pour des raisons énergétiques, pour la lutte antiterroriste, l’Algérie est stratégique pour les grands pays industrialisés, très avancés sur les plans scientifique et technologique, agroalimentaire et réceptacles d’émigration.

Pour toutes ces raisons et d’autres qui ne doivent rien à un ego nationaliste complètement illisible pour les grandes puissances qui dirigent la planète, dont aucun pays arabe ou africain n’en fait partie, les changements en Algérie intéressent beaucoup de monde. Minuscule puissance culturelle, dépendante pour son alimentation et pour ses seules richesses d’hydrocarbures, avec une diplomatie invisible au Liban, en Palestine, en Afrique (voir la tragi-comédie intitulée Mugabe et toutes les guerres ethniques), sur les problèmes d’émigration et de circulation des personnes managés d’une main de fer par M. Sarkozy, l’Algérie souffre de ne plus savoir afficher une ambition régionale, méditerranéenne, arabe, maghrébine, culturelle et sportive. Les courants islamistes, liés au pouvoir, à la gestion des mairies, du Parlement, à celle de pans de l’économie, de la mosquée, ont brouillé l’image d’un pays qui a tellement payé face à l’hydre islamiste, aux idéologies réactionnaires, archaïques et conservatrices.

Le monde civilisé, démocratique et développé peut très bien comprendre à tort ou à raison qu’il y a un consensus au sommet pour que le pays aille, pas à pas, vers un régime autocratique dans les 5, 10 et 20 années à venir. Et chaque pays sérieux, moderne et hyper-développé est en droit de prendre ses précautions en assurant ses approvisionnements en gaz et en pétrole. C’est tout ce que le pays propose, à part des concessions pour la téléphonie, des constructions de logements, de ponts, et pour l’importation de médicaments, de produits alimentaires, de véhicules et dans l’électroménager, avec en prime du savon et des dentifrices. Alors le changement de M. Belkhadem par M. Ouyahia peut-il s’apparenter à un vrai changement ou bien est-ce un remake à la sauce locale ? C’est à M. Ouyahia qu’il appartient de donner des réponses à même de faire du RND un grand parti aux plans méditerranéen et mondial. Le RND est assurément à un tournant de l’histoire algérienne.

Abdou B.


Note de l'Article :
1 Etoile2 Etoiles3 Etoiles4 Etoiles5 Etoiles (8 votes, score: 1.5 sur 5)
Loading ... Loading ...

2 commentaires

  1. Parler de l’hydre ISLAMISTE !
    Idéologies réactionnaires .
    VOUS N’AVEZ RIEN COMPRIS du problème Algérien.
    Les opposants armés que je ne cautionne d’ailleurs pas ne représentent-ils pas une opposition armée à un pouvoir sanguinaire !
    QU’avant- nous , où encore que connaissant - nous de l’ISLAM
    le meilleur , au pire arrive tout juste à lire EL-FATIHA.

    ANOUAR

  2. Mr CHIBOUT,vous ne devez pas censurer les marocains . Si vous étes un blog libre , acceptez les critiques …!!???

    RACHID

Ecrire un Commentaire