La déconstruction Obama

27 octobre, 2008 | 175 Lectures | Ecrire un commentaire

Qu’est-ce que Obama ? D’abord un homme, ensuite un film. Pour lui-même sûrement, pour les siens de son pays et pour le reste de l’humanité. D’abord un film que se diffuse l’Amérique pour refonder son identité, sortir de l’image d’un super Etat texan qui vendrait sa mère pour un baril, et croire avoir dépassé les archaïsmes raciaux et religieux de son vaste empire.

Obama est la meilleure recette psychanalytique collective contre le souvenir d’Abou Ghoreib, le mensonge de Jessica Lynch, l’échec en Irak et la perte du mythe des USA qui sauvent le monde. Ce genre de mythes qui fondent l’enthousiasme super productif des Américains et leur donne la force et le courage et les poussent à raconter leur pays comme une épopée et pas comme une simple histoire officielle. Obama vient guérir l’Amérique et une partie de l’Amérique rêve en l’écoutant et se sent mieux, se sent boostée, et se prouve l’American Dream en regardant cet homme venu en partie de loin et qui est allé si loin rien qu’en souriant et en disant qu’il aime l’Amérique mais avec une robe plus jolie. Chose impossible dans le reste du monde où des gens comme lui finissent en bétails communautaires ou en tambours vivants.

Obama est aussi un film pour le reste de l’humanité : c’est la meilleure production de ces dix dernières années après Forrest Gump. Elle fait oublier le Rambo niais et détestable de l’invasion de l’Irak pour sauver les Irakiens de leur nationalité. Obama apparaît comme un lointain descendant de Kennedy et cette Amérique d’époque que tout le monde rêvait d’épouser et pas seulement Onassis, l’armateur grec. Il ne manque à Obama, dans ce scénario, que deux choses : être président et avoir droit à une balle dans le dos. Le film sera parfait et l’Amérique nous fera pleurer au point de faire oublier ce qu’elle nous a fait d’Abou Ghoreib à Wall Street. Obama serait donc un lifting assuré des USA et pas seulement de sa politique étrangère. Le candidat démocrate est tellement brun qu’il est donc un Noir, tellement contre Bush qu’il semble être son contraire, il est tellement contre la guerre qu’il est donc pour les Arabes, il est tellement jeune qu’il peut vous vendre du savon, il fait tellement rêver qu’on en oublie qu’on n’est pas tous américains, il est tellement gentil qu’il fait oublier le Pentagone, il s’appelle à la fois Obama comme un héros exotique, Barack comme un film des années 80, possède un second prénom qui le rapproche des nouveaux «noirs» du siècle que sont les musulmans, descend d’un couple mixte comme un fruit réussi, et sourit tellement bien que personne ne se souvient de Rusmfeld. Synthétique et ambivalent, il est accusé d’être arabe, terroriste et musulman, ou pro-sioniste, anti-musulman, catholique et trop jeune pour vivre longtemps. L’effet de tension crée le spectacle et capture les psychologies collectives que l’on sait primaires et sensibles à la suggestion. C’est cela donc Obama. Un film qui vous fera aimer l’Amérique comme lui l’aime apparemment.

De quoi faire oublier que tous les Kenyans ne sont pas tous des Obama mais que tout les Kenyans sont des Africains au fond de l’Afrique et que tous on ne peut aller en Amérique, y arriver et y être élu comme ça. Et c’est pourtant ça le principe d’un bon récit : personnaliser le lien entre la fiction et le spectateur au point de provoquer l’identification entre n’importe quel tiers-mondiste assis au Lagos et le héros hollywoodien qui abat un hélicoptère communiste avec son sourire et une seule balle au canon. Obama ne va pas sauver l’aréique mais l’image de l’Amérique et l’image qu’elle se fait d’elle-même. Il ne va pas sauver le monde mais le distraire un peu. Et c’est déjà bien.

Kamel Daoud


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